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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/189

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un roman célèbre intitulé Tristan, le même au fond que les autres romans connus sous le même titre.

Par la même méthode, et avec le même genre de preuves, il serait facile de démontrer de même qu’il y eut en provençal, dans le cours du XIIe siècle, plusieurs autres romans de la Table ronde presque aussi célèbres que le Tristan, et pour en nommer quelques-uns, ceux de Gauvain, d’Erec et du roi Arthur. Ce dernier surtout paraît avoir été très-fameux, puisqu’il donna lieu à une des expressions proverbiales les plus fréquentes dans les troubadours. D’après les romans composés sur ce roi, il n’était point mort ; il avait seulement mystérieusement disparu de la Grande-Bretagne pour y revenir, un jour ou l’autre, régner de nouveau, et en expulser les Saxons. Les Bretons, à ce que l’on disait, s’attendaient chaque jour et chaque année à le voir reparaître, et déjà bien des jours et des ans s’étaient écoulés dans cette attente toujours vive et toujours trompée. De là les troubadours avaient nommé espérance bretonne toute espérance qui se prolongeait de même indéfiniment sans se réaliser jamais.

Maintenant, c’est d’une manière et par des raisons un peu différentes, que je vais tâcher de montrer la part qu’ont eue les Provençaux à ceux des romans de la Table ronde qui forment le cycle particulier du Graal.

Je suis obligé, et je crois bien faire de rappeler en peu de mots quelques-unes des observations générales que j’ai eu déjà l’occasion de faire sur ce cycle du Graal et sur les romans qui le composent. J’ai dit qu’il était en quelque sorte double, l’un anglo-normand ou breton ; l’autre, français ou gaulois. J’ai dit, et je persiste à croire que ce dernier était le plus ancien des deux, qu’il avait servi de base, de fond à l’autre, qui n’en était qu’une énorme amplification. J’ai nommé, comme les trois principaux et les plus anciens romans de ce cycle français du Graal, le Perceval de Chrétien de Troyes, le Perceval et le Titurel de Wolfram d’Eschenbach, en allemand. Ainsi donc, la manière la plus directe et la plus positive de constater et d’apprécier l’influence des Provençaux sur les romans de ce cycle en général, serait de