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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/188

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à la fois le plus agréable et le plus facile de réveiller le souvenir.

Maintenant cette composition si admirée, si répandue parmi eux, les Provençaux l’avaient-ils prise de quelqu’une des rédactions citées tout à l’heure ? C’est demander, en d’autres termes, à quelle date à peu près se rapportent les plus anciens passages des troubadours qui y font allusion. Or, c’est là une question à laquelle j’ai déjà répondu implicitement ailleurs, et il ne s’agit guère ici que de répéter ma réponse.

Des vingt-cinq troubadours, auteurs des allusions citées, il y en a dix au moins du XIIe siècle, et morts ou ayant cessé de faire des vers avant le XIIIe. Parmi ces dix, les cinq plus anciens sont : Raymbaud d’Orange. Bernard de Ventadour, Ogier de Vienne, Bertrand de Born, Arnaud de Marneilh.

Raymbaud d’Orange mourut vers 1178, à peine âgé de cinquante ans. Les pièces de poésie par lesquelles il se distingua comme troubadour, sont des pièces d’amour, où il y a plus de mauvais goût et de bizarrerie que de tendresse, et qu’il est beaucoup plus naturel d’attribuer à sa jeunesse qu’à son âge avancé. J’en supposerai les dernières seulement de dix ans antérieures à l’époque de sa mort, et les supposerai toutes écrites de 1155 à 1165. Or, c’est dans une de ces pièces qu’il fait allusion au roman de Tristan, et une allusion qui se trouve être la plus détaillée, la plus spéciale, la plus stricte de toutes. Il existait donc, dans cet intervalle de 1155 à 1165, un roman provençal de Tristan, et il est même très-naturel de croire ce roman de quelques années antérieur à une allusion qui le suppose déjà célèbre et populaire. On peut donc, sans exagération et sans invraisemblance, l’admettre pour existant en 1150, époque où Raymbaud d’Orange avait plus de vingt ans, et avait déjà fait la plupart de ses vers.

Les mêmes rapprochemens et les mêmes calculs sur l’âge et la date des pièces des quatre autres plus anciens troubadours qui aient parlé de Tristan, confirmeraient tout le résultat que je viens d’énoncer : ils prouveraient de même, et plus positivement encore, que vers 1150, il y avait dans la littérature provençale