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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/186

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l’âge, relativement à celle de Thomas d’Erceldoune. Toutefois, même là-dessus, il y a des conjectures très-plausibles à faire.

L’histoire littéraire ne fait mention que d’une seule rédaction de Tristan ; que l’on puisse proprement et strictement qualifier de française, c’est-à-dire ayant été composée en France et par un Français. C’est celle de Chrétien de Troyes. — Il paraît certain que ce poète fécond composa aussi un Tristan ; il nous l’apprend lui-même, et il n’y a aucune raison de suspecter son témoignage là-dessus.

Or, puisque l’on ne cite en français qu’une seule version de Tristan et une version attribuée à Chrétien de Troyes, ce n’est pas hasarder beaucoup que de regarder le fragment de la Bibliothèque du roi comme une partie de cette version, et la représentant. Or, dans ce cas, bien que l’on n’ait aucun moyen de préciser la date de cette même version, on peut être sûr qu’elle est antérieure à celle de Thomas d’Erceldoune. On peut la faire remonter jusque vers 1190, époque à laquelle il y a lieu de croire que Chrétien commença à se faire connaître par ses ouvrages. Dans cette hypothèse, le Tristan de Chrétien de Troyes aurait devancé de plus d’un demi-siècle celui de Thomas l’Ecossais. Mais assez peu importe ici le plus ou le moins ; il suffit d’être sûr qu’il y eut une rédaction française de la fable de Tristan, antérieure à 1250 ; que cette rédaction fut l’œuvre de Chrétien de Troyes, et que le fragment cité de la Bibliothèque du roi appartient vraisemblablement à cette rédaction.

Nous avons donc maintenant trois termes, trois époques approximatives auxquelles rapporter sept des principales rédactions de la fable chevaleresque de Tristan.

Une de ces rédactions peut être de la fin du XIIe siècle ou du commencement du XIIIe, de 1190 à 1210. — Une autre est de 1250 au plus tôt. — Les cinq autres sont toutes plus ou moins postérieures à cette dernière, mais toutes néanmoins dans les limites du XIIIe siècle.

Je l’ai déjà dit, et c’est ici le cas de le répéter plus formellement, les sept rédactions que j’ai citées de la fable de Tristan ne sont très-probablement pas les seules qui aient existé dans