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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/175

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entrer dans la poésie romanesque : il y a une invraisemblance manifeste à la supposer racontée, pour la première fois, dans un roman français.

Je ne pousserai pas plus loin ces sortes de preuves : il faudrait, pour leur donner toute l’autorité dont elles sont susceptibles, entrer dans la discussion minutieuse de beaucoup de particularités sur lesquelles je pourrai revenir plus convenablement, quand j’en serai à l’analyse même des ouvrages où elles se font remarquer. Il me suffit de les avoir présentées ici d’une manière générale.

Maintenant, je reviens à l’hypothèse dans laquelle j’ai raisonné et discuté jusqu’à présent, pour la rectifier un peu ; car elle est susceptible de l’être et en a besoin. Dans les limites où je l’ai prise, elle ne serait point assez favorable à l’opinion que je tiens pour la vérité. En effet, j’ai eu l’air de supposer jusqu’ici que les Provençaux n’avaient eu, sur les guerres des chrétiens de la Gaule avec les Arabes d’Espagne, que des romans, les mêmes, au moins pour le fond, que les romans français encore aujourd’hui existans sur les mêmes sujets. J’ai paru admettre que, dans les deux littératures, le cycle de l’épopée carlovingienne était resté circonscrit dans les mêmes limites, avait roulé sur les mêmes argumens historiques, sur les mêmes fictions, sur les mêmes traditions populaires.

Il n’en est point ainsi : le cycle de l’épopée carlovingienne fut, en provençal, plus étendu et plus varié qu’en français. Il comprenait divers romans auxquels on ne connaît point de pendans en français, et dont il n’y a, par conséquent, pas lieu de révoquer en doute l’originalité. Ainsi donc, en admettant, contre toute vraisemblance et contre des faits positifs, que les Provençaux n’eurent aucune part à la création de ceux des romans carlovingiens dont il a été question jusqu’à présent, il n’en serait pas moins constaté qu’ils en eurent d’autres. Les historiens en citent plusieurs, tous divers de ceux dont il a été parlé, et qui tous firent partie d’un cycle carlovingien provençal.

Il existe une chronique sommaire des comtes de Toulouse, écrite au XIVe siècle. C’est une maigre et sèche notice des