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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/173

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Ainsi donc, ce n’est pas seulement le fond primitif du roman actuel de Guillaume-au-court-Nez, qui doit être réputé provençal, c’est ce qu’il y a de plus caractéristique dans sa composition ; c’est la fiction qui lui donne une sorte d’unité, en en rapprochant tous les personnages, en les faisant tous membres d’une seule et même famille.

Ce n’est pas tout, et j’ajouterai qu’en dépit de toutes les modifications, de toutes les altérations qu’il a dû subir pour arriver à sa forme actuelle, ce même roman présente encore, dans ses diverses parties, beaucoup de particularités qui confirment les preuves générales de son origine provençale. Ainsi, par exemple, beaucoup de noms de lieux ou de personnes, qui sont significatifs et forges, ont été évidemment forgés en provençal.

Il y a aussi çà et là, dans ce roman, à travers beaucoup de géographie imaginaire et fabuleuse, comme dans toutes les compositions du même genre, quelques descriptions de lieux si exactes, ou circonstanciées de telle sorte, qu’elles n’ont pu être tracées que d’après nature et par des hommes qui avaient vu les objets dont ils parlaient. Telles sont, par exemple, les descriptions de Nîmes, d’Orange et de plusieurs localités voisines.

Enfin, on trouve, dans ce même roman, des incidens qui ne sont que l’amplification de traits historiques connus de la courtoisie et des mœurs chevaleresques du midi. Un passage remarquable en ce genre est celui qui a rapport au mariage d’Aymeric de Narbonne avec une princesse, fille de Didier, roi des Lombards (à laquelle, par parenthèse, le romancier a donné le nom d’Ermengarde). — Aymeric l’envoie demander à Pavie, par une députation de ses plus braves chevaliers. Tout se passe selon ses vœux, et la belle Ermengarde lui est accordée pour femme. Mais la mission des chevaliers n’en a pas moins été un moment sur le point de tourner fort mal : il y a eu entre eux et le roi de Pavie un démêlé des plus étranges.

Le roi, pour faire preuve de magnificence et de générosité envers les députés d’Aymeric, veut les conraier richement, c’est-à-dire leur fournir gratis tout ce qui peut leur être nécessaire ou agréable. Mais, dans les mœurs provençales, ce qu’il était beau