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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/172

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question actuelle, de savoir où a été faite la tentative dont il s’agit : si c’a été dans le nord ou dans le midi. Or, c’est sur quoi il ne peut y avoir beaucoup d’incertitude.

Ce n’est pas sans motif que le nom d’Aymeric de Narbonne a été donné à ce père prétendu de Guillaume-le-Pieux, à ce chef imaginaire de toute la glorieuse lignée de héros chrétiens vainqueurs des Maures. Plus l’application de ce nom était arbitraire, fausse et bizarre, et plus il est évident qu’elle avait un motif privé et local. Nul doute que le romancier qui hasardait ce baptême romanesque, n’eût en vue par là de flatter la vanité et de rehausser la gloire des seigneurs de la maison de Narbonne. Il y eut une multitude de romans chevaleresques inspirés par le même motif, c’est un fait auquel j’ai déjà touché ailleurs, et dont il serait aisé de donner beaucoup de preuves.

Cela étant, les époques où l’on trouve, dans la maison de Narbonne, des seigneurs du nom d’Aymeric, doivent fournir des données pour découvrir celle où ce nom fut employé comme une espèce de lien poétique, pour unir et rapprocher des traditions, des fables romanesques jusque-là détachées.

Il y a deux Aymeric, que le romancier, auteur de cette fiction, peut également avoir eu en vue. L’un est Aymeric Ier, déjà vicomte de Narbonne en 1071, et qui de 1103 à 1104 alla guerroyer en Terre-Sainte, et y mourut au bout d’un ou de deux ans.

Aymeric II, son fils, lui succéda, et fut tué en 1134, en Catalogne, dans la sanglante bataille de Fraga, gagnée par les Arabes sur les chrétiens.

Ce fut la fille d’Aymeric II qui lui succéda, cette même Ermengarde, célèbre dans l’histoire de la poésie provençale, et dont la cour fut fréquentée par les troubadours les plus renommés du XIIe siècle. Tout autorise ou oblige à croire que ce fut quelqu’un de ces troubadours qui, pour flatter Ermengarde, et célébrer la gloire de son père et de son aïeul, morts tous les deux en combattant les infidèles, donna leur nom à un premier conquérant de Narbonne, chef supposé de leur race, et vanta ainsi leur bravoure et leurs exploits, dans la bravoure et les exploits de ce dernier.