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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/159

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Ce que l’on sait de la variété des fonctions et des attributions du jongleur est donc une donnée certaine pour évaluer la diversité des compositions du troubadour. Or, il y a dans la poésie provençale diverses pièces et une multitude de passages isolés qui constatent que la récitation de romans et de maintes autres compositions du genre narratif était dans les attributions du jongleur, et faisait une partie essentielle de son art. De tous ces passages, je n’en citerai qu’un seul, qui a le double mérite d’être court et précis. Je le tire d’une pièce de ce même Vidal de Bezandun, dont j’ai parlé plus haut, et cette pièce est une espèce d’instruction ou de leçon en forme que Vidal est censé donner à un jongleur qui, en se présentant à lui, s’est annoncé dans les termes suivans :

« Je suis un bomme adonné à la jonglerie du chant, et je sais dire et conter des romans, maintes nouvelles et d’autres contes bons et gracieux répandus en tous lieux, aussi bien que des vers et des chansons d’amour de Giraud de Borneilh et d’autres. »

Vous le voyez, s’il était vrai que les troubadours n’eussent été pour rien dans la création et la culture de l’épopée chevaleresque, ce ne serait du moins pas faute d’avoir connu, aimé et cultivé beaucoup d’autres genres de narration et de fiction poétiques.