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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/147

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la fameuse abbaye de Conques, dans le Rouergue. Cette légende est une fiction très-originale et très-poétique, fondée en entier sur l’hypothèse d’une guerre prolongée entre les Arabes et les montagnards du Rouergue, guerre qui n’eut jamais lieu que dans l’imagination du romancier légendiste.

Le second monument n’est pas aussi ancien que le précédent, on ne peut pas lui assigner une date plus reculée que 1010 ; mais, à cette date, il est encore de près d’un siècle antérieur aux troubadours. Du reste, le texte de ce monument est perdu : on n’en a plus aujourd’hui qu’un extrait, mais cet extrait, si incomplet et si désordonné qu’il soit, n’en est pas moins curieux au-delà de toute expression.

Il ne s’agit, en effet, de rien moins que de l’histoire toute romanesque d’un chevalier toulousain, histoire dans laquelle les principaux incidens de l’Odyssée d’Homère sont entrelacés et coordonnés avec des fictions romanesques originales dans lesquelles il est expressément fait allusion à des faits de l’histoire des Arabes d’Espagne, dont la date et les personnages sont connus. Tout ce que l’on sait de cette fiction résultant de données si disparates entre elles, autorise à supposer qu’elle était assez développée, très-populaire, et que l’intérêt en reposait, en grande partie, sur la curiosité et l’admiration qu’inspiraient alors aux populations du midi les Arabes d’Espagne, dont la culture et la grandeur n’étaient point encore déchues.

Il est un troisième et dernier document poétique qui, sans avoir l’importance des précédens, mérite néanmoins d’être rappelé ici. C’est une légende en vers provençaux sur sainte Foy d’Agen, vierge et martyre, particulièrement vénérée autrefois dans tout le midi de la Gaule, et sujet de beaucoup de narrations pieuses. Celle dont je veux parler fut, à ce qu’il parait, composée dans la seconde moitié du XIe siècle, et, dans ce cas, elle est antérieure à la période des troubadours. On n’en a plus aujourd’hui que les vingt premiers vers, cités par le président Fauchet dans son ouvrage sur les Origines de la langue et de la poésie françaises. Si court qu’il soit, ce fragment ne laisse pas d’être d’un certain intérêt pour l’histoire littéraire du midi de la