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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/109

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Or, cette race, je ne l’aime pas ; je n’aime ni ses principes, ni ses manières, ni ses opinions.

«Je voudrais avoir le droit de dire aussi que je n’aime pas son gouvernement, je le dirais ; mais, comme femme et comme étrangère, je ne l’ai pas. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il leur plaît à eux ; et, après cela, il importe fort peu qu’il déplaise aux vieilles femmes du reste du monde. J’ai pénétré en Amérique par la Nouvelle-Orléans ; j’ai passé deux années entières à l’ouest des Alléganies, et une autre dans les villes de la côte. Durant ces trois années, j’ai conversé avec des citoyens de tous les rangs et de toutes les parties de l’Union ; et ce que je puis dire, c’est que je n’ai jamais entendu prononcer un mot, élever un doute, sur l’excellence du gouvernement. Quand donc les habitans du pays entendent des étrangers mettre en question la sagesse de leurs institutions et en désapprouver les effets, y a-t-il lieu de s’étonner qu’ils attribuent ou à l’incapacité ou à l’envie de semblables jugemens ?

« Quoi ! vous mettez en doute l’existence d’un gouvernement qui nous régit depuis un demi-siècle, et que nous aimons mieux à mesure que nous le pratiquons davantage ! » Telle est l’exclamation bien naturelle de tout Américain à qui on conteste la bonté des institutions américaines ; et, sans aucun doute, la réponse est péremptoire. Je vais plus loin, et j’aime à croire que quiconque aura visité l’Amérique et connu les Américains, en reviendra avec cette conviction que ces institutions sont de toutes celles qui conviennent le mieux à un tel pays et à un tel peuple, et le moins à tout autre peuple et à tout autre pays.

« Soit que le gouvernement ait fait le peuple à son image, ou le peuple le gouvernement à la sienne, toujours est-il qu’ils se conviennent parfaitement ; et, si la dernière hypothèse est la véritable, jamais nation assemblée n’a fait preuve d’une sagesse aussi consommée et d’une aussi admirable sagacité.

« Tout le monde sait de quelle source est sortie la population de l’Amérique ; des émigrés volontaires et des bannis en formèrent le noyau primitif. Ces hommes trouvèrent une terre féconde qui récompensa généreusement leurs efforts. La colonie s’accrut et prospéra ; les enfans succédèrent aux pères, les petits-fils aux fils, et bientôt la race des premiers colons couvrit le sol, et y fit couler le lait et le miel. Qu’ils aient voulu que ce lait et ce miel fussent à eux, cela est tout simple ; car que faisait pour eux la mère-patrie ? Elle leur envoyait de brillans officiers pour garder leurs frontières, et ils les auraient bien gardées sans ces officiers. Elle imposait lourdement leur commerce, et ne leur donnait en échange qu’une faible part de ses faveurs et de sa gloire. Ce n’était point parmi eux qu’elle venait choisir ses sénateurs, ses ministres, ses amiraux. Des