Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/714

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


rendre une union avec elles légale ou obligatoire. Tel est, néanmoins, le puissant effet de la grâce, de la beauté, de la douceur particulière de manières qui les distinguent, qu’elles fixent perpétuellement et pour leur malheur la préférence et l’attention de ceux qui les méprisent. Si les dames créoles ont le triste privilège d’exercer à leur égard le pouvoir de répulsion, les ravissantes quarterones ont la douce, mais dangereuse compensation de posséder celui d’attraction. On dit que les unions formées avec les personnes de cette malheureuse race sont souvent durables et heureuses, autant, du moins, que peuvent l’être des unions que l’opinion flétrit à quelque degré. »


Voici un dernier trait qui prouve mieux que tout autre, jusqu’à quel point l’esclavage des noirs est passé en habitude dans les États-Unis d’Amérique. En voyant un esprit aussi éclairé que celui de Jefferson, n’avoir pas conscience de l’illégitimité d’un pareil usage, même alors que les sentimens les plus sacrés et les plus naturels auraient dû réveiller en lui cette conscience, on s’effraie de la puissance des préjugés, et on a pitié de la nature humaine.


« Peu de réputations sont placées plus haut dans l’estime des Américains que celle de Jefferson. Pour le parti démocratique, c’est le plus grand homme d’état qui ait dirigé les affaires de l’Union, et pour tous, c’est l’un des plus grands. — Et cependant j’ai entendu associer son nom à des actes qui feraient frémir des Européens. Ces actes ne sont point racontés à l’oreille par un petit nombre de personnes ; tout le monde les connaît, tout le monde en parle ouvertement ; et dans un pays où l’on cause religion autour de la table à thé, et où il est de bon goût d’en pratiquer strictement tous les devoirs, ces faits sont rappelés et écoutés, je ne dis pas sans horreur, mais sans la plus faible trace d’émotion.

« On dit donc que M. Jefferson avait des enfans de presque toutes les malheureuses négresses qui composaient le nombreux troupeau de ses esclaves femelles. Ces infortunés enfans étaient