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contre toute attente, furent payés ; les filles d’auberge, qui portaient sur leurs traits les traces de l’amour heureux, apportèrent des bouquets, comme il est d’usage. Elles aidèrent à les attacher aux bonnets, reçurent quelques baisers et quelques gros en récompense, et nous nous mîmes tous à descendre la montagne. Le Suisse et le patriote prirent la route qui conduit à Schirke, et les autres, au nombre de vingt personnes, parmi lesquels je me trouvais, conduits par un guide, gagnèrent Ilsenbourg par le chemin qu’on nomme les trous de neige.

La marche alla grand train. Les étudians de Halle marchaient plus vite que de la landwehr autrichienne. Avant que je me fusse retourné, toute la partie aride de la montagne avec les groupes de pierres qui la parsèment, était derrière nous. Nous traversâmes un bois de pins semblable à ceux que j’avais vus la veille. Le soleil répandait déjà sur nous ses rayons les plus vifs, et éclairait d’une façon pittoresque ces étudians, vêtus d’habits bariolés, qui pénétraient joyeusement à travers les broussailles, disparaissaient pour reparaître bientôt, passaient des marécages en courant le long des troncs d’arbres renversés, évitaient les précipices en se tenant aux racines qui sortaient de terre, et poussaient jusqu’aux cieux des cris d’allégresse, auxquels répondaient les oiseaux dans les bois, le murmure des pins, le bruit des sources, et que répétait l’écho de montagne en montagne.

Plus nous descendions, plus la végétation devenait belle, plus les eaux souterraines ruisselaient agréablement ; on les voyait à peine sous les pierres et les branchages, mais on les entendait sourdre devant soi ; enfin nous trouvâmes quelques petites vagues qui s’échappaient avec rapidité ; à quelques pas, une multitude de petites sources se réunissaient en un filet d’eau, et formaient déjà un peu plus bas un ruisseau considérable. C’est l’Ilse, la douce et belle Ilse, elle s’étend à travers la vallée de l’Ilse dont les deux côtés forment de hautes montagnes au pied desquelles on trouve, au lieu de pins et d’une végétation amaigrie, des faînes épais et de grands chênes. C’est le côté occidental du Brocken qu’on nomme le Bas-Harz en opposition au côté oriental qu’on nomme le Haut-Harz. Il est impossible de décrire la