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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/625

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rude et aussi rocailleux que les hexamètres des poètes de Berlin. Il n’y a que les antiquités de l’encadrement, à savoir les restes de murs, de tours et de remparts, qui donnent à la ville un aspect piquant. Une de ces tours, nommée le Zwinger, a des murailles si épaisses, qu’on a percé dans leur épaisseur d’assez vastes chambres. La place qui est devant la ville, où se tenait la célèbre assemblée des communes, est une belle et grande plaine, entourée de hautes montagnes. Le marché est petit : au milieu est une fontaine, dont l’eau se répand dans une grande cuve de métal. Lorsqu’il éclate un incendie, on frappe plus leurs fois sur cette cuve, qui produit un son retentissant. Le peuple prétend que le diable apporta, par une belle nuit, cette cuve sur le marché. Dans ce temps-là, on attribuait beaucoup de choses au diable. Les gens étaient fort bêtes, le diable fort bête aussi, et ils se faisaient réciproquement des cadeaux.

La maison de ville de Gosslar n’est qu’un corps-de-garde badigeonné en blanc. L’édifice de la Banque, qui est auprès, a meilleure tournure. Depuis le sol jusqu’au toit, à distances égales, il est couvert de peintures, représentant les empereurs d’Allemagne, plus enfumés que dorés, le sceptre dans une main, et le globe terrestre dans l’autre.

Un de ces empereurs tient une épée au lieu d’un sceptre. Je ne pus deviner la cause de cette distinction. Les Allemands ont cependant la mauvaise habitude d’avoir une pensée en tête, lorsqu’ils font quelque chose.

J’avais lu dans le manuel de Gottschalk une longue description de l’antique dôme et du célèbre trône de Gosslar ; mais, lorsque je voulus voir ces deux choses, on me dit que le dôme était détruit et que le siège impérial avait été transporté à Berlin. Nous vivons à une époque rudement significative : on démolit les dômes centenaires, et on jette les trônes au fond du garde-meuble.

Quelques curiosités du défunt dôme sont maintenant placées dans l’église de Saint-Etienne : des peintures sur verre, qui sont admirables ; quelques mauvais tableaux, parmi lesquels on nomme un Lucas Cranach, un Christ en bois, et un autel païen