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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/612

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toutefois de voir les écrivains allemands chercher à se débarrasser de ce bagage comme trop lourd pour un philosophe, et ne pouvoir y parvenir ; c’est un plaisir que de voir leurs roueries candides, leurs fanfaronnades de matérialisme du milieu desquelles ils retombent sans cesse, bien malgré eux, dans la rêverie, dans l’enthousiasme, dans la poésie spiritualiste et dans toutes les folies de leurs pères. Il y a cependant une conséquence assez grave à tirer de la naissance de cette école littéraire : c’est que les Allemands commencent à sortir de cette période de philosophie patiente et céleste, qui les a livrés tour-à-tour, depuis trente ans, à la domination étrangère et au despotisme des potentats, grands et petits, de la confédération. Depuis quinze ans, il s’est élevé en Allemagne des écrivains qui ont plaidé chaudement et avec courage la cause de la liberté. Ceux-là flattaient le peuple, ils cherchaient à réveiller le courage antique qui ne se mettait pas au service du premier prince qui voulait bien lever une bannière ; ils tâchaient de faire en sorte que les Allemands crussent à leurs propres vertus : ils n’ont rien obtenu. Les Heine, etc., procèdent autrement. Ils versent à pleines mains le mépris sur leurs compatriotes ; ils les déclarent incapables de se faire nation ; ils rient de leurs efforts, de leurs prétentions patriotiques, de leur vieille histoire, de leurs vieilles mœurs ; ils démolissent à-la-fois l’édifice gothique et l’édifice nouveau : en un mot, ils se croient en droit de traiter l’Allemagne couchée aux pieds de M. de Metternich, comme les derniers poètes italiens, mourant dans les cachots de l’Autriche, traitent l’Italie après trois siècles de lâcheté !

J’ai choisi à dessein, pour donner une idée de la manière de Heine et de son école, le Voyage au Blocksberg. On sait que toutes les légendes de l’Allemagne ont illustré cette haute montagne du Hartz. Tout le monde a lu Faust. Dans un pays où l’on brûlait des sorcières, il n’y a pas plus de cinquante ans, la terreur ou du moins le sérieux qu’inspire un lieu où se célèbre, dit-on, le sabbat, est presqu’un reste de religion. Heine a tiré bon parti de cette croyance. Il a su trouver sur cette sombre montagne tous les ridicules de son pays, et il les a peints