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l’aspect merveilleux de la baie napolitaine. Enfin, après avoir admiré Naples, son ciel, sa mer, son musée, avoir visité les catacombes d’Herculanum et les boutiques de Pompeï que l’on continue d’exhumer, M. Valéry descend à Sorrente et à Amalfi et remonte par Capone, Gaëte, Terracine et Velletri jusqu’aux portes de Rome, terme de son voyage, et qui sera l’objet de son dernier volume.

Ce qui me plaît dans ce livre, écrit avec élégance et précision, c’est qu’il peut tenir lieu de tous les autres guides. M. Valery est un compagnon de route instruit, causeur, peut-être un peu trop épigrammatique ; mais un compagnon qui a sur vous le grand avantage d’avoir visité trois lois l’Italie. Lisez-le donc avant de partir ; repassez-le encore, si vous voulez, le soir, à l’auberge ; mais, pour Dieu, ne l’emportez ni dans les galeries de Venise et de Florence, ni dans les églises de Milan, ni dans vos courses an Vésuve ; là. vos yeux et votre âme auront assez d’autres occupations ; cela soit dit pour ceux qui ont des yeux et une âme.


CH. M.


EXPÉDITION GEOGRAPHIQUE DU CAPITAINE ROSS.

— On commence en Angleterre à avoir les plus vives inquiétudes sur le sort du brave capitaine Ross, qui est parti, il y a trois ans, pour chercher un passage au nord-ouest. S’il a succombé dans l’entreprise, ce malheur sera d’autant plus à déplorer, qu’il aura péri victime d’une misérable cabale. Ross échoua dans le projet qu’il avait formé d’explorer le détroit de Lancaster, par un de ces accidens qui fussent arrivés à toute autre aussi bien qu’à lui. Ses accusateurs eux-mêmes furent cause de sa méprise. Se trouvant à la hauteur présumée de ce détroit, il envoya dire aux géographes de l’expédition de se rendre sur le pont pour examiner la côte, et voir s’il ne conviendrait pas de s’en approcher pour chercher l’ouverture eu question. Ces messieurs (le capitaine Sabine était du nombre) qui jouaient en ce moment aux échecs, ne voulant point interrompre leur partie, lui firent répondre qu’ils avaient déjà observé la côte, et n’y avaient reconnu aucune ouverture. Ross, confiant dans cette déclaration dont rien d’ailleurs ne pouvait lui faire suspecter l’exactitude, continua sa route. Les géographes persistèrent dans leur opinion jusqu’à l’arrivée de l’expédition à Orkney. Là, le capitaine Sabine ayant lu, dans un journal, un article signé de M. Barrow, dans lequel ce dernier assurait qu’à la latitude où Ross les avait consultés, il existait véritablement une ouverture, ils changèrent tout-à-coup d’avis et gourmandèrent le capitaine de ce qu’il avait passé outre sans vérifier le fait. Ross eut peine à contenir son indignation, mais il n’en fut plus maître lorsque, à son retour en Angleterre, il apprit qu’un pas- sage venait d’être découvert à l’endroit où, sur l’assurance des géographes, il avait déclaré qu’il n’en existait pas. Décidé à réparer son erreur, il fit construire à ses frais un bâtiment à vapeur, à bord duquel il partit, accompagné de son fils et d’un petit nombre d’intrépides marias, avec l’intention de pénétrer dans l’entrée du Prince-Régent, par le détroit de la Furie et de l’Hécla, en longeant