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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/597

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appeler le Saphir [1]. C’est comme l’Émeraude. Ce n’est pas plus un livre précieux qu’une pierre précieuse. C’est un bijou faux fabriqué pour servir de hochet à de grands enfans que l’on amuse en leur promettant le retour des exilés d’Holy-Rood. Il y aura sans doute beaucoup de ces bijoux. On en fera de toutes les couleurs. Nous verrons des topazes, des rubis, des améthystes. Vous en aurez des parures entières, mesdames les marquises, qui avez fermé vos écrins en signe de douleur, et qui, par regret de la légitimité, ne voulez plus danser. Tant que ce sera la mode au faubourg Saint-Germain, le libraire Urbain Canel tiendra, je vous assure, magasin de cette joaillerie littéraire. Cela ne coûte pas cher d’ailleurs. Pour quelques francs on vous donne de fort grosses et de fort lourdes pierreries. Que si revenant au Saphir, nous déclarons y avoir trouvé des pages infiniment spirituelles de M. Janin, à propos de Rambouillet, un joli conte maritime de M. Eugène Sue, un morceau fort bien écrit de M. Merle sur Rosny, puis des vers prétentieux et fades de M. Jules de Resseguier, et d’autres vers singulièrement plats de M. Saint-Valry, ainsi qu’une bien pauvre lettre écrite d’Holy-Rood et contresignée par M. Mennechet ; si nous déclarons ingénument cela, nous n’étonnerons assurément personne ; nous n’avons cependant rien autre chose à dire, que nous sachions, concernant le Saphir.

De cet imperceptible in-dix-huit passons à l’immense in-octavo de Mlle Rose Rovel [2]. Rose Rovel, ce sont les noms de l’auteur et c’est le titre de son livre. Que l’on ne s’étonne pas trop de cette singularité, car en lisant, il faudrait s’étonner d’avantage. Mademoiselle Rose Rovel est encore, dit-on, très jeune, et pourtant sa vie paraît avoir été déjà bien agitée, bien orageuse. Elle a traversé plusieurs fois les mers, seule, n’ayant que sa guitare pour consolatrice et pour amie. Disons-le d’abord avec franchise, avec rudesse, la plupart des pièces que lui ont inspirées ses voyages sont inintelligibles et barbares. On trouve cependant cà et là, dans ce livre, de belles et touchantes rêveries. Si l’on

  1. Chez Urbain Canel.
  2. Chez Levavasseur.