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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/588

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Ah ! si l’esprit nouveau n’était pas assez fort pour triompher par la persuasion, je le répudierais et je ne le servirais pas : je ne voudrais pas d’une cause violente dans ses procédés et médiocre dans ses raisons : mais, monsieur, nous aviserons aux moyens de ne pas laisser dépérir par l’insuffisance les conquêtes de l’héroïsme populaire ; si la guerre ne nous appelle pas sur la frontière, nous tournerons la paix à l’avantage de la liberté ; nous nous servirons de nos loisirs pour éclaircir quelques questions ; nous verrons si après quarante années ce qui a paru impraticable d’abord, ne saurait écarter cette fin de non-recevoir ; nous nous instruirons. On a exploité l’Angleterre ; nous nous informerons de ce qui se passe en Amérique, non pour l’imiter aveuglément, monsieur, mais pour montrer aux bonnes gens qu’une démocratie peut se tenir debout elle-même, sans réminiscence des Grecs et des Romains ; nous chercherons à notre siècle un sens et une vocation ; nous observerons les faits ; nous nous permettrons quelques inductions ; même nous nous passerons la fantaisie de quelques théories, ludibria ventis. Mais peut-être les vents en porteront au loin la semence. Dans ce pays, monsieur, les idées vont vite ; les lieux communs n’ont pas un cours éternel, et ils ne sont jamais plus près de leur fin qu’après avoir régné quelque temps.

Ce que vous désirez de moi, monsieur, c’est un jugement ferme et sincère sur les choses ; je vous le donne autant que je le puis. Je n’ai pas voulu vous embarquer dans le débrouillement des petites combinaisons qui, depuis près d’un an, constituent l’histoire de France ; je vous ai adressé plus haut, je vous ai renvoyé à l’examen des causes : vous avez pu reconnaître dans la révolution de 1789 la fille de la philosophie moderne, dans celle de 1830, le corollaire de la première et la reprise de la rénovation européenne ; voilà le fond des choses. Quant à la disposition des esprits, monsieur, elle est calme et patiente ; on comprend qu’il faut reprendre par la réflexion une œuvre ébauchée par l’enthousiasme ; on entrevoit la puissance des idées ; on espère dans la marche du temps. La société, à qui on a crié de toutes parts qu’elle tombe en dissolution, après avoir eu peur de