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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/537

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Le gouverneur réfléchit un moment, puis il donna l’ordre au caporal et à ses hommes de sortir, et de se placer derrière la porte, afin d’être prêts au moindre appel.

— Ce saint homme, poursuivit-il, est mon confesseur ; vous pouvez tout dire en sa présence. — Et cette demoiselle ? ajouta-t-il, désignant d’un signe de tête la jeune fille qui était demeurée là, et paraissait être en proie à une bien grande curiosité, — cette demoiselle est d’une discrétion à toute épreuve, et il n’y a point de secret qu’on ne lui puisse sûrement confier.

Le soldat lança à la timide demoiselle une œillade moitié louche, moitié tendre.

— C’est tout-à-fait mon avis, dit-il, que la demoiselle demeure ici.

Lorsque le caporal et ses hommes se furent retirés, le soldat commença son histoire. Le drôle avait la langue déliée et une facilité de parole fort au-dessus de sa condition apparente.

— Avec la permission de votre excellence, dit-il, ainsi que je l’ai déjà fait observer, je suis un soldat qui se peut vanter d’avoir vu un rude service ; mais, le terme de mon engagement étant expiré, il n’y a pas long-temps, je fus congédié de l’armée de Valladolid, et autorisé à retourner à pied dans le village d’Andalousie où je suis né. Hier soir donc, le soleil se couchait, tandis que je traversais l’une des vastes et désertes plaines de la Vieille-Castille.

— Holà ! cria le gouverneur, qu’est-ce à dire ? La Vieille-Castille est à quelques deux ou trois cents milles d’ici.

— D’accord, reprit le soldat. Mais n’ai-je point prévenu votre excellence que j’avais d’étranges choses à raconter ? — moins étranges cependant que véritables, comme votre excellence pourra s’en convaincre, si elle daigne seulement m’écouter avec patience.

— Poursuivez, accusé, dit le gouverneur, relevant sa moustache.

— Comme le soleil se couchait, continua le soldat, je cherchai des yeux quelque endroit où je pusse établir mes quartiers et passer la nuit ; mais si loin que pût s’étendre ma vue, je