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Bientôt ils virent paraître un personnage à l’air robuste, au teint brûlé du soleil, vêtu d’un habit de soldat d’infanterie en assez mauvais état, et conduisant par la bride un magnifique cheval arabe, caparaçonné à l’ancienne mode moresque.

Surpris à la vue de ce singulier soldat, descendant, un cheval en main, de cette montagne solitaire, le caporal s’avança vers lui, et l’interpellant :

— Qui va là ? cria-t-il.

— Ami, dit le soldat.

— Qui êtes-vous ?

— Un pauvre soldat revenant de la guerre avec la tête fêlée, et la bourse vide pour toute récompense.

Cependant notre patrouille avait eu le temps de l’examiner plus attentivement.

Une bande de taffetas noir, qui s’étendait en travers de son front, puis sa barbe grise, ne s’harmoniaient point mal avec l’effronterie diabolique de sa mine, tandis que ses yeux, louchant légèrement, faisaient luire de temps à autre sur son étrange physionomie une certaine expression de bonne humeur malicieuse et libertine.

Ayant répondu aux questions que lui avait faites la patrouille, le soldat se crut fondé à en adresser lui-même à son tour.

— Puis-je demander, dit-il, quelle est cette ville que je vois au pied de la colline ?

— Quelle ville ! cria le trompette, quelle ville ! Ceci est par trop fort. Voici un gaillard qu’on trouve rôdant sur la montagne du Soleil, et qui vous demande le nom de la grande ville de Grenade !

— Grenade ! Mère de Dieu ! est-ce possible ?

— Peut-être bien que non, reprit le trompette ! peut-être bien ne croyez-vous point que ce soient là les tours de l’Alhambra !

— Fils de trompette, répliqua l’étranger, ne plaisantez pas. Si c’est bien en vérité l’Alhambra que je vois, j’ai d’étranges choses à révéler au gouverneur.