Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/430

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


que deux hommes s’avanceraient devant le serpent pour fixer son attention, tandis qu’un autre s’approcherait de Lacourse par derrière, et tâcherait, à l’aide d’un grand bâton, de l’enlever de dessus son corps. Le serpent, à la vue des hommes qui s’approchaient, dressa aussitôt la tête, darda sa langue fourchue et agita ses grelots, preuve non équivoque de sa colère. Chacun de nous était alors dans une agitation fébrile et inexprimable sur le sort de ce pauvre Lacourse, qui était toujours là paisiblement endormi. Mais l’homme qui s’était approché par derrière avec une baguette de sept pieds de long, en plaça un bout sous le reptile, et lui donnant une forte impulsion, réussit à le jeter à dix pieds du dormeur. Un cri de joie fut le premier avis que Lacourse reçut du danger qu’il avait couru. L’homme au bâton, poursuivant le serpent, réussit à le tuer. Il avait trois pieds six pouces de long, et était âgé de onze ans, ce qui se connaît par le nombre des anneaux du grelot. Nous fîmes alors une battue générale des environs de notre camp, et nous en dépistâmes plus de cinquante que nous détruisîmes. On ne court aucun danger en les tuant, pourvu qu’on ait une longue baguette pliante, et qu’on ne s’en approche pas de plus de la longueur de son corps ; car ce serpent ne peut s’élancer au-delà de cette longueur, et il est rare qu’il prenne l’offensive à moins qu’il ne soit poursuivi de très près. L’odeur du tabac semble lui être très désagréable ; nous en ouvrîmes, en conséquence, une balle, et en répandîmes une quantité de feuilles dans les lentes pour nous mettre à l’abri de l’atteinte de ces dangereux reptiles. Nous eûmes néanmoins des visiteurs presque aussi terribles, je veux parler des mousquites, qui nous firent cruellement souffrir. Nous fûmes forcés de faire un feu de bois pourri dans nos tentes, dont la fumée épaisse et sans flamme les chassait ; mais le remède était peut-être pire que le mal, nous étions presque aveuglés et suffoqués par cette fumée. »

Les voyageurs atteignirent ensuite la rivière Wallah-Wallah, rencontrant toujours sur leur route des Indiens qui leur vendaient des chevaux pour se nourrir, mais souvent