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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/415

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j’accepte comme un fait et non comme un tort : ils abondent en beautés de détails, et me paraissent supérieurs de ce côté ; or, l’essentiel dans les œuvres d’art n’est pas que la supériorité tienne à telle ou telle partie, mais qu’elle existe quelque part. Le Troubadour est un conte chevaleresque où miss Landon a lrépandu tout le luxe du moyen âge. La donnée de l’Improvisatrice est celle de Corinne, c’est-à-dire la peinture d’une destinée de femme et de poète brisée dans cette lutte qui s’établit entre sa vocation et sa destination, sujet qui, depuis que Sapho en a fourni le type réel, a tenté plus ou moins toutes les femmes auteurs. Un des plus beaux développemens de ce thème, la Sapho de Grillparzer, est, je pense, encore inconnu en France.

En général, les qualités qui me paraissent distinguer miss Landon sont une vive et profonde sensibilité ; des expressions qui vont à l’âme, parce qu’elles en viennent ; le talent de peindre ce qu’elle décrit ; un luxe d’images, un peu surchargées quelquefois de cette profusion de rayons de soleil, de gouttes de rosée, de pierres précieuses, de rubis, d’émeraudes, dont Th. Moore a brillanté plutôt qu’enrichi la poésie anglaise, mais plus souvent encore pleines de nouveauté, de fraîcheur et de vie.

Les affections de cœur ou de famille, le sentiment passionné de la gloire et de tous les genres de gloire, la gamme tout entière des émotions qui peuvent vibrer dans une âme artiste, agiter une vie littéraire, le vide de la louange et du succès, l’amer désappointement que fait éprouver à un cœur aimant la stérile bienveillance dont le monde paie ceux qui l’amusent ; l’amour enfin, l’amour pur, dévoué, fidèle, mais malheureux, payé d’indifférence, brisé par l’inconstance ou détruit par la mort, tels sont les sujets, les sentimens, les images qui se reproduisent le plus souvent et avec le plus de bonheur sous la plume de la jeune poète.

Je ne puis traduire ou analyser toutes ses compositions ; cependant je voudrais initier le lecteur à cette puissance de femme faite de douceur et de tristesse [1], et qui pourtant est loin de

  1. My power is but a woman’s power
    Of softness and of sadness made.