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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/396

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la migration des barbares. Nous serons obligé, messieurs, de nous occuper de cet immense événement ; nous remonterons, pour ainsi dire, ce torrent de peuples en suivant les traces des nations Scandinaves. Elles nous conduiront du côté de l’Orient : d’abord aux rives de la mer Noire, puis dans les gorges du Caucase, porte par où ont passé les tribus asiatiques, espèce de caravanserail sur la grande route du genre humain, où se sont arrêtés les traînards de toute race, et où on trouve comme des échantillons de chacune d’elles ; enfin de précieux indices nous entraîneront encore plus loin : guidés par eux, nous entreverrons au centre et au sommet de l’Asie, au nord de l’Inde et de la Perse, le point d’où sont partis ceux que nous avons trouvés établis sur les bords de la Baltique et du golfe de Bothnie,

J’espère, messieurs, rassembler devant vous des preuves de cette longue course des populations scandinaves à travers le monde, qui ne laisseront aucune incertitude dans vos esprits. Mais dès aujourd’hui je dois vous prévenir contre la surprise que cette assertion peut vous causer. Comment, direz-vous avec Tacite, serait-on venu d’un pays plus heureux dans la triste Germanie ? J’ajourne les diverses explications qu’on peut présenter de ce fait, et pour aujourd’hui je me borne à répondre : Connaissons-nous toutes les antiques révolutions qui ont agité ces masses d’hommes, pressées dans le centre de l’Asie ou perdues à ses extrémités ? C’est du milieu de cet océan de peuples qu’ont dû se soulever ces grandes tempêtes dont nous avons à peine aperçu les dernières ondulations dans notre coin reculé du monde ; et se heurtant, se brisant les uns contre les autres comme des vagues, ils se sont rués en désordre partout où ils trouvaient de la place, sans s’inquiéter s’ils allaient au nord ou au sud, à l’orient ou à l’occident, n’ayant pas le choix de la marche à suivre et de la terre à prendre, allant où ils étaient forcés d’aller, s’emparant de ce qui restait libre, comme dans une foule on obéit à cette force immense et confuse qui vous entraîne vers un point ou vers un autre. Ainsi les peuples ballottés pêle-mêle n’ont point choisi librement leurs demeures ; ils se sont avancés en tous sens selon que les poussait et les dirigeait la nécessité.