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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/339

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mettre en scène l’histoire de son pays, ou l’histoire de Rome, sans qu’une pensée une et grande présidât, presque malgré lui, à toutes ces compositions.

Voyez Coriolan et Jules César. Il ouvre les biographies de Plutarque, et s’en contente sans pousser plus avant ses études. Il n’omet pas une page, pas un trait caractéristique ; il trouve moyen d’enchatonner et de sertir dans sa pièce jusqu’aux moindres anecdotes qu’un autre eût négligées, peut-être, comme indignes de la toge et du cothurne, mais qui ajoutent singulièrement à la vérité naïve de la composition. Il ne dédaigne pas les trivialités qui peuvent compléter l’humanité de ses héros.

Qu’on relise attentivement deux ou trois des chroniques de Shakespeare, et l’on se convaincra facilement de l’exactitude des remarques précédentes ; on aura la certitude qu’il est toujours w«, parce qu’il est toujours complet.

Je m’assure donc que l’auteur du Richard III aurait vu dans le règne de François Ier autre chose qu’une trahison, un amour et une bataille. Comme il eût mis dans sa tragédie toutes les tragédies que le siècle contenait, il n’y en aurait pas eu trois, mais une. Sous la toute-puissance de son pinceau, peu-à-peu des figures, d’abord saillantes et prononcées, se seraient placées sur le second plan, dans la pénombre. La lumière d’abord diffuse et vague se serait insensiblement éteinte aux deux côtés du cadre, et concentrée vers le milieu de la toile.

Car dans une tragédie, comme dans un paysage, il n’y a pas de beauté sans sacrifice. Claude Lorrain et Ruysdael ne donnent pas à toutes les portions de leur tableau la même valeur et la même clarté. C’est un principe qui, une fois violé, met à mort toute poésie.

Or, dans Francis the first, je serais fort embarrassé de choisir entre les trois tragédies que je vous ai dites. Je ne saurais laquelle préférer. Toutes trois ont à mes yeux la même importance. La première et la troisième sont incomplètes. La seconde, sans avoir reçu tous les développemens qu’elle comporte, me paraît cependant absorber les plus intimes