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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/337

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se refuser aucune image, aucune figure, si riche qu’elle soit.

Maintenant que nous avons épuisé, selon la mesure de nos forces, la double question du plan et du style de Francis the first ; considérés en eux-mêmes, il nous reste à envisager deux questions subsidiaires, et dont une seule a été soulevée par la critique anglaise.

A quelle période de la poésie anglaise se rapporte la tragédie de miss Kemble ? Quelles ressources présentait l’époque historique qu’elle a choisie ?

Une Revue publiée sous patronage de John Murray voit, dans Francis the first, un retour salutaire vers la méthode dramatique de Shakespeare. Je ne crois pas qu’elle entende parler des tragédies proprement dites de Shakespeare, telles qu’Othello, Hamlet, Romeo et Juliette ; car les trois poèmes que nous venons dénommer, surtout le premier et le troisième, se font remarquer par la simplicité du plan, l’unité de l’action, la concentration de l’intérêt. Qu’on prenne dans le théâtre grec, ou dans Racine et Alfieri, qui tous deux, à leur manière, ont voulu renouveler l’antiquité, telle tragédie qu’on voudra, sauf la naïveté familière des détails, qui assure au poète de Strafford un avantage réel et durable, je ne vois aucune différence entre les tragédies anglaise, italienne et française. Le critique de Londres n’a pas voulu non plus rappeler les pièces fantastiques, telles que le Songe d’une nuit d’été. Titania et Oberon n’ont rien à faire avec la tragédie de miss Kemble.

Sans nul doute, il s’agit dans cette comparaison des pièces qui, dans l’édition de 1622, publiée huit ans seulement après la mort de l’auteur par Heminge et Condell, deux de ses camarades, s’appellent modestement Chronicles, telles que la Vie et la mort du roi Jean, Richard III, Henri IV. Dans ces chroniques, Shakespeare ne prétend à aucune unité rigoureuse et officielle. Il met l’histoire de tout un règne en dialogue et en action. Il ne choisit pas arbitrairement un épisode ou un personnage. Il ne fait subir aux événemens qu’il a sous sa main, aucun triage de pruderie ou de dégoût ; il ne répudie rien, ni personne. Scènes d’alcove et de camp, tout lui est bon pour esquisser à grands