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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/336

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avis ; je sais que l’Allemagne, l’Italie et la France porteraient au besoin témoignage contre moi ; que Schiller et Manzoni paraissent avoir dérogé aux lois que je prétends établir, ou plutôt que je déduis et que je tâche de traduire. On me citera le marquis de Posa, qui reparaît, à des intervalles réguliers, dans la tragédie de don Carlos, comme le retour de la strophe et de l’antistrophe antique, qui ne participe pas réellement à l’action générale, qui résume et personnifie le poète lui-même avec tous les accidens de temps et de lieu ; type idéal d’un Allemand du dix-neuvième siècle, qui a traversé l’histoire et la philosophie, avant d’arriver à la poésie : mais, à mes yeux, une pareille exception, si glorieuse et si imposante qu’elle soit, un si flagrant et si réel anachronisme, ne saurait renverser le principe que j’ai posé.

Le marquis de Posa fait de la poésie lyrique tout à son aise, sans guère s’inquiéter des acteurs qui l’entourent. Mais croyez-vous que, s’il était autre, la tragédie de don Carlos en vaudrait moins ? pour ma part, j’en doute.

Cependant, comme il est impossible de scinder si distincte- ment les (ormes de l’imagination, que l’une ne se confonde jamais avec l’autre, il y a dans le drame lui-même quelques rares et solennelles occasions où le poète peut s’avancer sur la scène. S’il y a dans la fable qu’il a nouée un caractère avec lequel il sympathise plus profondément et plus naïvement qu’avec les autres, il peut, à de certains momens, résumer l’action et l’état de sa pensée dans un monologue, comme fait Corneille dans Cinna.

Mais, pour que le monologue soit à sa place et ne fasse pas tache dans l’étoffe du poème, il ne faut pas que le style en soit soudainement lyrique : il faut qu’il se détache insensiblement du style ordinaire et général de la pièce, avant de prendre un mouvement particulier.

A ces conditions, le monologue permet au poète dramatique de s’élever successivement à toutes les formes de l’ode et de l’élégie. A mesure que l’isolement développe, dans l’acteur qui le représente, une rêverie plus intense et plus idéale, il ne doit