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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/331

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Si l’on préfère à ce drame sombre et sanglant la lutte d’une vertu expirante contre les séductions d’un amour royal ; si au lieu d’Agrippine on prend Junie ; si la poésie, cherchant dans le développement et la peinture d’une passion fraîche et jeune tous les ressorts de l’intérêt, compose avec François Ier ; et la comtesse de Chateaubriand un tableau simple, mais vrai ; si elle voit dans le petit nombre de figures qu’elle doit dessiner la nécessité d’en tracer les contours avec plus de précision et de fermeté, d’en montrer plus à loisir, avec une curiosité plus complaisante, jusqu’aux traits les plus fins ; si elle se complaît dans l’étude approfondie de ces deux physionomies qui contrastent si vivement, un roi qui désire et qui veut, une jeune femme qui résiste, et qui regrette peut-être la faute qu’elle n’ose commettre, placée entre son devoir et sa vanité, qui écoute dans le recueillement la voix impérieuse de sa conscience, mais qui cependant ne peut méconnaître le charme éblouissant de cette autre voix qu’elle refuse d’écouter, ce pourra être une belle et touchante tragédie, à la manière de Sophocle et d’Euripide, imprégnée d’abord d’une chaste vertu, puis couronnée dignement par le remords, et peut-être par le plus résigné de tous les sacrifices, par le renoncement à la vie, par un holocauste expiatoire. Et qu’on ne dise pas que ce serait là une tragédie d’enfans et de jeunes filles, un proverbe bon tout au plus pour les couvens et les pensionnats. Ni les cours, ni les voyages, ni les roueries diplomatiques et parlementaires, ni la plus vieille et la plus intime familiarité avec les livres de toutes sortes, ne suffisent à nous détacher, dans le sens poétique, de la vertu et de ses combats.

Reste un troisième drame, celui qui commence entre le roi et le duc de Bourbon, qui continue entre Lautrec et le duc de Milan, et qui se termine à la bataille de Pavie. Ce serait un drame politique et militaire, où l’amour ne jouerait aucun rôle ; l’ambition et la ruse domineraient la scène. L’Italie se jouerait aux dés. La partie s’engagerait entre l’Espagne et la France ; l’Angleterre compterait les points, et l’Europe placée à la galerie sifflerait le vaincu. Ce dernier sujet ne serait peut-être pas le