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profonds et plus durables que ceux de l’inscription funéraire, que les pas des générations ont si tôt effacée.

C’est ainsi qu’à diverses reprises il vient à Paris, et qu’admis dans l’intimité des princes et des puissans du jour, il obtient d’eux les détails les plus secrets et les plus curieux. C’est ainsi que, pour mieux s’instruire des besognes qui étaient avenues au royaume de Castille et au royaume de Portugal, au pays de Bordelais et en toute la Gascogne, il s’en vient à la cour de haut prince et redouté seigneur, messire Gaston, comte de Foix et de Béarn, « lequel comte de Foix, si très tôt comme il me vit, me fît bonne chère, et me dit en riant, en bon François : que bien il me connoissoit, et si ne m’avoit oncques vu, mais plusieurs fois avoit ouï parler de moi, et me retint de son hôtel tout aise, et tant qu’il m’y plut à être : et j’avois prêts à la main, barons, chevaliers et écuyers qui m’informoient de toutes choses touchans à ma matière. » Cette hospitalité généreuse excita puissamment la verve de Froissart. La description qu’il a laissée de la cour de ce seigueur, renommé parmi ses contemporains pour sa courtoisie et son courage, est célèbre. C’est la peinture la plus vive et la plus brillante des mœurs féodales que nous possédions. Il avait surtout admiré dans Gaston de Foix cette dextérité incomparable, qui, à côté de voisins puissans et jaloux, avait toujours su garder l’indépendance la plus altière, et préserver de toute atteinte le territoire et les vassaux d’une simple baronie, au milieu des guerres longues et sanglantes dont les grands royaumes d’Angleterre, d’Espagne et de France étaient le théâtre. Aussi lorsqu’à son retour d’Orthez, il apprend la mort de cet homme remarquable, il s’écrie avec douleur : « Ah ! terre de Béarn, terre désolée et déconfortée, que deviendras-tu ? Tu n’auras jamais le pareil du gentil et noble comte de Foix. » On voit qu’il partage avec sincérité les larmes que cette mort fait répandre dans la baronie d’Orthez. « Ce propre jour, fut mis en cercueil le comte Gaston de Foix. Tous hommes, femmes, enfans pleuroient amèrement ; et lamentoient et recordoient la vaillance de lui, sa noble vie, son puissant état et gouvernement, son sens, sa prudence, sa prouesse, sa grand’Iargesse, la grand’prospérité