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idée homicide, nous sentons quelque embarras à présenter nos réflexions. A quelle mesure rapporter une action pareille, sur quelle règle la juger, pour être équitable et vrai ? A quoi la comparerez-vous, je vous prie ? Ma raison s’épouvante et recule à la vue du meurtre, quel qu’il soit ; la vie de l’homme est inviolable à mes yeux. Mais cet homme, n’est-il donc qu’un meurtrier et rien de plus ? Moralistes, qui avez classé tous nos vices ; physiologistes, qui sur nos crânes avez noté toutes les touches qui doivent sonner le sang, venez à notre aide, et dites-nous si de tels forfaits rentrent dans vos catégories psychologiques, ou vos cases phrénologiques. La morale tiendra compte des combats que cette âme a rendus avant de succomber à une tentation de six années ; elle n’oubliera pas cette vie si laborieuse et si sobre, cette constance qui se suffit à elle-même dès l’âge le plus tendre, et qui ne fléchit pas un seul instant. Puis quand il faudra prononcer sur cet acte définitif, cet acte unique où se résume toute une existence, jusque-là douce et honorable, comment la morale la pourra-t-elle flétrir, si ce n’est par des principes généraux de respect pour la vie de l’homme ? L’acte en lui-même est monstrueux, effroyable, je l’accorde : mais serait-il juste de négliger toutes les circonstances qui l’ont fait naître et qui l’ont accompagné ? La loi des hommes a été plus indulgente et plus intelligente : la loi morale serait-elle plus aveugle et plus sévère ? La morale a condamné le meurtre en général, et il n’est venu à aucune pensée, même à celle du plus audacieux et du plus pervers de contester une réprobation éternellement vivante, et qui était gravée au cœur de l’homme, avant d’être écrite au Décalogue ; mais encore une fois ce meurtre, dont je viens de lire l’histoire, est-il un meurtre ordinaire ?

Creusez la vie de cet homme ; prenez-la de son début jusqu’à l’instant de son supplice, l’instant plus fatal de sa résolution ; suivez-le dans sa vie laborieuse et errante, sur les grèves de l’ile d’Elbe, ou le champ de Waterloo, de l’atelier de Porto-Ferrajo à celui des Tuileries, une seule idée, une seule le domine sous deux faces, dont l’une est louable et dont l’autre est horrible. C’est l’idée du devoir qui le retenait, sobre et paisible chez