Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/270

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les rayons d’un beau soleil de juillet étinceler sur les vagues.

On accosta la goélette

Le gros homme fit monter ses caisses à bord avec des précautions inouïes, et surveilla lui-même leur emménagement. Du reste, il amusa beaucoup les matelots bas-normands par la maladresse avec laquelle il descendait les échelles des panneaux, et ces bonnes gens riaient aux larmes en lui nommant les mâts et les manœuvres, dont il écorchait les noms de la façon du monde la plus grotesque.

Le soir, à cinq heures un quart, la Cauchoise donna dans la panne, sortit du goulet, et suivit le cap à l’ouest-sud-ouest par an joli frais de nord-est.

Narcisse resta sur le pont jusqu’au coucher du soleil, et au moment où cet admirable spectacle rallumait en lui le flambeau de la poésie, comme il allait savourer cet imposant tableau, qu’il regardait comme une compensation bien due à ses éternelles déceptions, il fut pris du mal de mer, et deux matelots le descendirent dans sa couchette.

L’homme aux figures de cire resta sur le pont jusqu’au soir, et continua d’amuser les quatre marins de quart par son ignorance nautique.

Seulement, au moment de descendre dans le faux-pont, passant près du taquet, qui retenait l’écoute de grande voile, il s’aperçut que cette manœuvre n’était pas assez serrée, et regardant bien si personne ne l’observait, il raidit ce cordage, en le tournant en croix autour du taquet avec l’habileté d’un marin consommé ; puis il alla voir ses caisses.


CHAPITRE II.
Des Choses surprenantes que vit Narcisse Gelin dans l’entrepont de la goélette.

Narcisse Gelin ne dormait pas, Narcisse Gelin invoquait, — je ne dirai pas Dieu, car Narcisse avait reçu une éducation