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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/247

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pourvu de lits, de couches, de linges neufs, et parfaitement en état ; de toute sorte d’ustensiles, de tous les moyens d’administrer promptement aux malades tous les secours qu’exigerait leur état. J’ai moi-même visité ces établissemens. qu’on a eu la bonté de me montrer en détail : j’ai été frappé de la sagesse des dispositions et de la prévoyance des administrateurs. Des règlemens de police avaient été proclamés pour organiser le service des médecins, les transports dans les hospices, et les inhumations.

Une grande agitation régnait dans les esprits ; le premier médecin de l’empereur, accusé d’avoir conseillé la suppression des cordons sanitaires de Hongrie, avait suscité contre lui une irritation extrême. D’un autre côté, les craintes des fabricans, la diminution des consommations de leurs produits, avaient fait cesser le travail, tandis que la gêne des communications avait augmenté le prix des comestibles et de tous les objets de première nécessité. Le peuple souffrait, il était mécontent et n’était pas non plus exempt des préventions funestes de la Hongrie, où des populations ignorantes avaient regardé ce mal, qui, disait-on, épargnait les classes supérieures, comme un mensonge inventé dans un but atroce ; et les remèdes comme des poisons dont on voulait se servir pour se débarrasser des pauvres. De là les révoltes et les actes de barbarie qui avaient mis la Hongrie dans un si grand désordre, en même temps qu’ils y avaient augmenté les ravages du choléra.

Le renvoi des vagabonds, des ouvriers étrangers, l’organisation de travaux publics, auxquels on employa indifféremment les bras débiles comme les bras vigoureux, d’abondantes aumônes distribuées avec discernement, les soins éclairés et soutenus de l’administration, et surtout l’assurance que donna l’empereur de ne jamais se séparer, dans leur danger, des Viennois, qu’il appelait ses enfans, toutes ces circonstances maintinrent l’ordre ; et le fléau, n’étant pas arrivé dans la capitale aussitôt qu’on l’avait présumé, les imaginations se calmèrent, les craintes devinrent moins vives, et finirent par se dissiper au moment même où commençait le danger.

Cependant, dès les premiers jours d’août, on signala des cas de choléra isolé, qui, assurait-on, n’offraient pas de circonstances contagieuses. Les médecins, toutefois, reconnaissaient les symptômes du choléra asiatique, mais la police, évitait avec soin que ces observations, divulguées, n’allassent porter la terreur parmi les habitans. Cet état douteux, au moins pour le vulgaire, se prolongea jusqu’au 14 septembre, époque où le fléau éclata subitement, et avec une sorte de fureur, dans le quartier que j’habite. Une pluie d’orage, tombée le 113, et qui avait subitement refroidi l’atmosphère, paraît avoir déterminé cette soudaine explosion.

Naturellement sobre, ne buvant jamais ni vin ni liqueurs, vivant dans l’isolement, ne me nourrissant que de mets très simples et en petite quantité, je semblais plus à l’abri d’un mal dont je n’avais, d’ailleurs, aucune appréhension. J’avais dormi à mon ordinaire pendant la nuit du 14, et je m’étais éveillé bien portant. J’ignorais que le choléra avait éclaté, et que déjà il avait moissonné de nombreuses victimes. La maîtresse de l’appartement que j’occupe, avait été