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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/237

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se trouve forcé, malgré l’opinion contraire de M. John Barrow, d’admettre l’identité du Tcliâda, appelé aussi Schâry, avec la rivière Schâry vue par Denbam auprès du lac Tchâd et dans le pays de Loggoun.

A une demi-journée au-dessous de la jonction des deux fleuves, ou trouve la grande ville commerçante de Bocquâ, et l’on n’est plus alors qu’à dix jour ; nées de navigation de la mer, certains disent même sept journées seulement, dans une direction générale du nord-est au sud-ouest. Passant ensuite Alta, Abbazacca et Damogou, les frères Lander arrivèrent près de Kerri, où ils furent attaqués et pillés par des canots de guerre et amenés prisonniers dans cette ville. Leurs armes, leurs marchandises, leur boussole et une partie de leurs journaux de route furent ainsi perdues. Cette dernière perte, la plus regrettable de toutes, n’a cependant point été sans remède ; car il s’est trouvé que, par un rare bonheur, la portion manquante du récit de chacun n’est point la même pour tous deux, et l’un des journaux a toujours pu suppléer les lacunes de l’autre.

Les malheureux voyageurs trouvèrent dans les musulmans de Kerri des protecteurs, qui soutinrent leur cause contre les pillards dont ils avaient été les victimes, et il fut résolu qu’on les conduirait jusque chez le roi d’Ibo, monarque puissant, résidant à trois jours de navigation au-dessous de Kerri.

Un peu avant d’y arriver, nos voyageurs traversèrent un grand lac dont ils n’apercevaient point la rive orientale ; trois grandes rivières ou branches du fleuve s’en échappaient l’une vers l’ouest, l’autre vers le sud-est ; la troisième, par laquelle on continua la route, coulait au sud-ouest. Déjà les frères Lander avaient vu des branches semblables effluer, près d’Abbazzacca vers le sud, et près de Kerri vers l’est-sud-est.

A Ibo, les gens de Bony et ceux de Brass se disputèrent l’avantage de conduire nos deux Anglais sur la côte, dans l’un ou l’autre de ces royaumes. Les gens de Brass l’emportèrent, et l’on se mit en route pour cette dernière destination, mais non sans qu’au préalable le chef de Brass n’eût payé au roi d’Ibo les présens exigés par celui-ci, et dont les deux frères avaient promis le remboursement prochain par le capitaine du premier navire anglais qu’on trouverait à la côte. Arrivés à Brass, John Lander y fut laissé eu otage, et Richard fut conduit à un brick anglais mouillé à Feutrée de la Première rivière de Brass, plus connu sous le nom de rivière de Nun ; il y arriva le 18 novembre, mais l’infortuné voyageur n’eut point à se louer des procédés de son grossier compatriote, auquel il fut obligé d’offrir ses services et ceux de son frère comme matelots pour obtenir passage à son bord : ce ne fut qu’à grand’peine qu’il parvint à obtenir du chef de Brass la reddition de son frère, et le capitaine du brick ne voulut leur faire aucune avance pour les mettre à portée d’accomplir leurs promesses envers ce chef. Le but de leur mission était dès-lors rempli.

Après avoir passé la barre de la rivière avec beaucoup de difficulté, on se dirigea sur Fernan-do-Po ; les deux frères se rendirent ensuite à Rio-Janeiro, et de là dans leur patrie, où ils furent accueillis avec empressement, et honorablement récompensés de leurs fatigues.