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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/236

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des Ayos ou peuples du Yarriba, nation puissante et vaste, qui s’étend jusqu’aux bords du Niger à cent lieues de distance ; ils traversèrent ensuite d’innombrables villages et un grand nombre de villes, dont quelques-unes étaient fort grandes : ils virent ainsi Jenna, Latou, Jadou, Tchotcho, Raou, Bahou (l’ancienne capitale du pays), Namah, et Katangha, capitale actuelle du Yourriba. Après un repos de huit jours, ils revinrent sur leurs pas jusqu’à Atoupa, et reprirent ensuite vers le nord, pour traverser, au village de Moussa, la rivière du même nom, tributaire du Niger et limite commune du Yarriba et du Kayama, province du Barghou ; ils eurent bientôt atteint la ville de Kayama, qui en est le chef-lieu ; puis, traversant la rivière Oly, autre affluent du Niger, et dépassant les villes de Coubly et de Zali, ils arrivèrent à Boussa, capitale du royaume de même nom, située non dans une île du Niger, mais sur la rive droite de ce fleuve et près du confluent de la petite rivière Menai.

L’aspect du Kouârâ ne répondit point à leur attente : il n’était guère large en cet endroit que d’un jet de pierre, barré au milieu par des roches noires et rugueuses autour desquelles l’eau bouillonnait en tourbillons : c’est là qu’avait sombré, vingt-cinq ans auparavant, le shooner de S. M. B. le Djoliba, cette goélette anglaise construite à Sansanding, sous la direction de Mungo-Park, et avec laquelle l’intrépide et malheureux voyageur fut englouti.

S’étant embarqués sur cette branche du Niger, les frères Lander remontèrent le fleuve jusqu’à Yâoury, grande ville, capitale d’un état du même nom, et située non loin d’une petite rivière qui afflue à celle de Coby, tributaire elle-même du Kouârà. Ils se remirent en route le 2 août pour redescendre le Niger, et revinrent ainsi à Boussâ, d’où ils allèrent rendre visite au roi de Ouaouà.

Après avoir fait l’acquisition d’un canot pour effectuer leur retour à la côte en descendant le Niger, ils se mirent en route vers la fin de septembre, et passant les villes de Layâba et de Bedjaybo, ainsi qu’un grand nombre d’îles, ils mouillèrent, le 7 octobre, près de l’île de Sagôzi, en face de la grande ville de Rabba, dont les indigènes supputent la distance, à l’égard de Boussâ, à quatre journées par eau ou sept journées par terre. A quatre jours de navigation au-dessous de Rabba est située Egga, dernière ville du royaume de Noufy, auprès de laquelle le Niger reçoit la grande rivière de Koudounia, la même que Richard Lander avait, à son précédent voyage, déjà traversée lors de son excursion à Dunrora. Une journée de plus conduisit nos voyageurs dans la ville et l’état indépendant de Kakonda : là se termine un grand détour que le fleuve décrit vers l’est, à partir de Rabba. A une journée plus loin s’opère la jonction du Niger et du Tchâda, très grosse rivière qui vient, dit-on, du lac de Bornou, et qui offre avec cet empire un moyen de communication facile. La ville de Kotonkorafy est située au confluent, et celle de Fonda est à trois journées en remontant le Tchâda ; on vient du Bornou à Fonda en quinze à dix-sept ou dix-neuf jours suivant les uns, en vingt-neuf jours suivant quelques autres. Cette communication par eau est si formellement établie par toutes les informations recueillies dans les villes voisines riveraines du Niger, que l’on