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Heitor da Sylveira, que nous avons vu figurer au banquet poétique. Camoens se réjouissait de quitter avec eux Mozambique, lorsque l’inique Barreto réclama de lui vingt mille reis [1]pour prix de son passage à Sofala. Comment payer cette somme ? Heitor Sylveira, plus riche apparemment qu’au temps de son placet au comte de Redondo, y pourvut ; ou, selon d’autres, les gentilshommes que nous venons de nommer, remirent à Barreto les vingt mille reis. A ce vil prix, dit Faria e Sousa, furent achetés la liberté de Camoens et l’honneur de Pedro Barreto.

Diogo de Couto fit la connaissance intime de Camoens pendant cette relâche à Sofala. Cet écrivain a consigné dans son histoire un fait bien propre à exciter nos regrets. « Cet excellent poète, dit-il, pendant l’hiver qu’il séjourna à Mozambique, s’occupait de préparer les Lusiades pour l’impression. Je le vis de plus travailler avec ardeur à un livre intitulé le Parnasse de Luiz de Camoens. C’était un ouvrage rempli d’érudition, de savoir et de philosophie ; on le lui vola. » [2]

Je ne sais sur quelle autorité Faria e Sousa pense que c’est lui-même qui l’a détruit. [3]

Ce fut sans doute à cette époque (1568) qu’il composa le sonnet deux cent vingt-huitième, sur la belle défense de Malaca par dom Leoniz Pereira. La nouvelle de ce fait d’armes dut lui être apportée par les vaisseaux venus de Goa.

Camoens s’embarqua sur le Santa Fé ; la flottille fut en vue de Lisbonne à la fin de 1569 ; mais il ne put sitôt prendre terre. Le Portugal, était en proie à une peste si terrible, qu’elle en a conservé le nom de grande. On lit dans la chronique de Sâo Domingos [4] qu’il y eut à Lisbonne six cents morts en un seul

  1. Voyez Diogo Barbosa, Bibl. Lusit. t. m, page 70.
  2. Décad. 8, t. I, ch. 28.
  3. M. Ferdinand Denis, dans son Histoire littéraire du Portugal et du Brésil¸ dont il prépare une seconde édition, rapporte au sujet de ce livre perdu une conjecture de son ami, feu M. Verdier. Ce savant portugais croyait reconnaître le Parnasse de Luiz de Camoens dans la Lusiitania transformada de Fernando Alvares do Oriente.
  4. L. 6, ch. 9.