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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/176

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de l’influence aux partisans de l’ancien gouverneur, Francisco Barreto. Les ennemis de Camoens se réveillèrent. Ne sachant comment l’attaquer, on l’accusa de malversation dans l’exercice de sa charge à Macao. On l’emprisonna ; mais l’examen de sa conduite ne pouvait qu’apporter la preuve de sa probité. Elle fut reconnue. Alors une des créatures de Barreto, Miguel Rodrigues, surnommé, soit à cause de son avarice, soit à cause de sa dureté, Fios.« seccos (fils secs), le fît retenir en prison sous prétexte d’une dette de 200 creuzades [1]. Nous trouvons dans Diogo do Couto un fait qui explique, sans l’excuser, la mauvaise humeur de Fios Seccos. Cet homme avait eu, sous l’administration de Barreto, le commandement de dix vaisseaux de guerre, et il était loin de jouir du même crédit auprès du vice-roi.

Camoens prit cette persécution du côté plaisant : il adressa au comte de Redondo un placet comique où il jouait, à chaque vers, sur le sobriquet de Fios Seccos : c’est, je crois, la seule épigramme nominale qui soit échappée à Camoens. Il terminait ces Trovas en priant le vice-roi, qui était prêt à s’embarquer pour une expédition, de vouloir bien le désembarquer, pour qu’il pût le suivre. Cette plaisanterie eut son effet. Il recouvra sa liberté.

On a dit que Camoens ne s’adressa que cette seule fois à la bourse des grands. Je crois que, dans cette occasion même, il s’adressa beaucoup plus à l’autorité qu’à la bourse du vice-roi. Ce qui a causé la méprise de dom José Maria de Souza, c’est qu’une autre requête, écrite par Heitor da Sylveira, a été insérée dans les œuvres de Camoens. Celle-ci s’adresse effectivement à la bourse de Coutinho. Camoens a mis au bas cette apostille amicale :

« De doctes livres nous apprennent que la colère du grand Achille donna la mort à l’Hector troyen. Voilà maintenant que « la faim va tuer notre Hector lusitanien. Il court risque d’être accablé par son adversaire, si votre main secourable ne s’interpose et ne met les combattans hors de lice. »

Il nous reste une autre preuve du noble emploi que Camoens

  1. Faria e Sousa, qui écrit en espagnol, dit pour quelques maravedis.