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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/97

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établie entre la marquise et madame de Roulay, qu’elles n’épargnèrent pas dans leurs médisances.

Les bizarres pressentimens qui avaient si souvent agité Julie, se trouvaient tout à coup réalisés. En s’occupant de lord Arthur, elle s’était complu à croire qu’un homme en apparence aussi doux, aussi délicat, devait être resté fidèle à son premier amour ; et, parfois, elle avait pensé qu’elle était l’objet de cette belle passion, la passion pure et vraie d’un homme jeune, dont toutes les pensées appartiennent à celle qu’il aime, dont tous les momens lui sont consacrés, qui n’a point de détours, qui rougit de ce qui fait rougir une femme, qui pense comme une femme, ne lui donne point de rivales et se livre à elle sans songer à l’ambition, à la gloire ou à la fortune. Elle avait rêvé tout cela de lord Arthur, par folie, par distraction ; et, tout à coup, elle crut voir ce rêve accompli. Elle lut sur le visage presque féminin du lord anglais, les pensées profondes, les mélancolies douces, les résignations douloureuses dont elle était elle-même victime. Elle se reconnut en lui. Le malheur et la mélancolie sont les interprètes les plus éloquens de l’amour, et correspondent entre deux êtres souffrans avec une incroyable rapidité. La vue intime et l’intus-susception des choses et des idées sont chez eux complètes et justes. Aussi la violence du choc que reçut la marquise, lui révéla tous les dangers de l’avenir. Trop heureuse de trouver le prétexte de son trouble dans son état habituel de souffrance, elle se laissa accabler sous l’ingénieuse pitié de madame de Roulay.

L’interruption de la cavatine était un événement dont plusieurs personnes s’entretenaient assez diversement : les unes déploraient le sort de Julie, et se plaignaient de ce qu’une femme aussi remarquable fût perdue pour le monde ; les autres voulaient savoir la cause de ses souffrances et de la solitude dans laquelle elle vivait.

— Hé bien ! mon cher Flesselles, disait le marquis à l’un de ses amis, tu enviais mon bonheur en voyant madame d’Aiglemont, et tu me reprochais de lui être infidèle ?... Va,