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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/79

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amie ; enfin il s’ensuivit une querelle si sérieuse, qu’ils jurèrent de ne plus se parler de leur vie, et que Théodore courut s’enfermer dans sa chambre, dont il verrouilla la porte.

X. — FIN DE LA VISION.

Quelle loterie que la destinée ! Faites donc des projets ! cette remarque n’est pas neuve, sans doute ; mais je n’ai promis que d’être vrai.

Si nos deux enfans avaient habité tout autre étage que le rez-de-chaussée, leur dispute ne pouvait avoir de suites bien longues. L’ancienne chambre de Dorothée, qu’occupait Théodore, par suite du dernier déménagement, n’avait d’issue que par la chambre actuelle de sa sœur ; ils se seraient rencontrés, et ils auraient fini par se parler et se réconcilier ; mais malheureusement Théodore, pour sortir, n’avait qu’à sauter par la fenêtre qui donnait sur la rue.

Ce serait un paradoxe que de n’en pas convenir : la magie a des secrets vraiment inexplicables. Les adeptes sans doute ont le privilège d’en observer certains effets ; mais la cause, la connaissent-ils souvent ? Théodore n’avait pas prévu le fâcheux résultat de sa querelle ; il en fit la triste expérience, quoique d’un naturel trop boudeur pour vouloir revenir le premier sur ses pas.

Des jours, des semaines, des mois s’écoulèrent : plus d’apparition ! il eut beau rester dans la solitude, dans l’ombre, dans le silence, dans le recueillement, plus de beau palais rouge, plus de belle princesse !

« Ah ! se dit-il, après toutes les preuves d’amour et de dévouement que je lui donne, elle ne resterait pas si longtemps absente, s’il était en son pouvoir de venir me visiter ici ; mais certainement elle est astreinte à des lois qu’elle ne peut enfreindre, et ce n’est que dans la chambre qu’occupe Dorothée qu’il lui est permis de se présenter à moi. »

Après quelques jours encore d’attente et d’incertitude, il