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avoir gravement tâté le pouls du malade, le condamna de nouveau à quinze jours de diète et de lit.

Au bout de ces quinze autres jours, Dorothée, qui avait trop à cœur son projet de mariage pour y renoncer, tenta une nouvelle épreuve sur son frère. Soit qu’elle eût pris plus de précautions et qu’elle eût été plus adroite que la première fois, soit que, grâce à la diète et aux tisanes, Théodore fût dans une disposition d’esprit moins exaltée, il ne l’interrompit par aucune exclamation : elle eut tout le temps d’achever sa phrase ; il ne se leva pas précipitamment de sa chaise, mais il lui répondit avec calme et sang-froid : « Ma chère petite sœur, je te remercie de l’intérêt que tu prends à mon avenir, des efforts que tu fais pour assurer mon bonheur ; mais ce que tu espères est impossible, des considérations dont tu n’es pas juge s’opposent à ce que je demande la main d’Henriette. Ce n’est pas que j’aie pour elle la moindre répugnance : il suffit qu’elle soit ton amie pour m’être chère, et je ne dis pas que je n’aurais point été disposé à l’épouser il y a quelques mois ; mais aujourd’hui ce serait manquer à ma destinée, à mes devoirs, à mes sermens. Au reste, pour en finir, et à n’envisager, pour mieux être compris, que le côté positif de la question, il me suffira, je présume, de te rappeler qu’Henriette n’est pas une princesse, ni cette maison un palais. »

Il y avait trois parties bien distinctes dans ce discours de Théodore. L’exorde était à la fois grave et affectueux ; la confirmation respirait l’importance, et, tranchons le mot, la fatuité ; la péroraison était ironique et dénigrante.

Dorothée, qui n’avait point suivi de cours de rhétorique à l’université, ne se rendit pas, sans doute, ce compte raisonné ; mais l’ensemble de cette réponse la choqua, et il s’éleva entre le frère et la sœur une discussion où chacun, comme c’est l’usage , sortit des bornes ; Dorothée, piquée de l’air suffisant de Théodore, le railla sur sa mystérieuse princesse. Théodore rabaissa le parti qu’on lui proposait, parla avec dédain d’Henriette ; Dorothée prit fait et cause pour son