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s’occupent du remède à administrer avant de bien connaître l’origine de l’indisposition. Dieu sait à quoi leur préoccupation nous expose, lorsqu’il s’agit d’affections morales !

Le médecin qui fut appelé ne comprit rien, cela va sans dire, à l’état de Théodore, et ne voulant pas avouer son ignorance, ne se l’avouant peut-être pas à lui-même, il lui administra une foule de médicamens, qui retinrent notre patient quinze jours au lit.

Du reste, bien des gens, pendant ces quinze jours, auraient envié son sort ; quels ennuis l’amitié prévenante d’une sœur ne dissipe-t-elle pas ? quelles boissons paraîtraient amères préparées par la jolie main d’Henriette ?

— « N’est-il pas vrai, Dorothée, que ton frère m’aime mieux que mademoiselle Oster ? — Théodore était convalescent, et c’était son premier jour de sortie.

— « Je voudrais bien voir qu’il ne préférât pas ma gentille Henriette à cette coquette de Julie ! Sais-tu, Henriette, à quoi je pense bien souvent ? je me dis que si ma bonne amie le voulait, nous pourrions être tous trois les plus heureuses gens du monde. »

— « Comment cela ? » dit Henriette, en rapprochant sa chaise de celle de Dorothée.

— « Théodore a dix-huit ans, tu en as seize : pourquoi ne vous marieriez-vous pas ensemble ? Tu ne me réponds lien : est-ce que tu crois que tes parens n’y consentiraient pas ? »

— « Je ne sais ; j’ai entendu dernièrement ma mère dire à mon père que je commençais à être d’âge à me marier. »

— « Puisqu’ils on dit cela, c’est une affaire arrangée : laisse-moi faire, je me charge de la négociation. Quel bonheur ! ô la jolie sœur que je vais avoir ! et Théodore comme il va être surpris et content ! Vois donc comme nous serons bien dans notre ménage ! voilà comme j’arrangerai cela : je vous donnerai à tous les deux ma chambre, et moi je prendrai celle de Théodore.