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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/675

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RÉVOLUTIONS DE LA QUINZAINE.

Paris, 14 décembre.


La révolte de Lyon est calmée. Le ministre de la guerre et le prince royal, après un campement de trois jours sous les murs, ont fait leur entrée dans la ville. Les acclamations n’ont pas manqué à cette entrée. Dites-moi quelle est l’entrée solennelle à laquelle les acclamations ont manqué ? C’était une chose singulière que cette ville calme et en dehors de la loi, cette ville silencieuse après un si grand bruit. Personne n’a été puni dans ce grand désastre. Un officier et quelques sous-officiers de l’armée ont été assez brutalement cassés par le prince royal ; pourquoi le prince royal est-il venu dans ces murs ? Puis on a pris des arrêtés, on a commencé un désarmement général ; les fusils ont été rapportés en partie ; la garde nationale a été licenciée pour être bientôt refaite. En dernier résultat, les ouvriers n’ont pas de tarif, en revanche ils auront tous des livrets neufs.

Jusqu’à présent, le mal n’est que pallié. C’est une misère guérie à force de troupes et de fusils. La misère existe toujours, haletante, triste, abattue, toujours prête au courage du désespoir. Plusieurs ouvriers se sont rendus à Genève pour exercer leur industrie ; mais Genève, qui regorge d’ouvriers en soie, n’a pas ouvert ses portes à nos ouvriers. Que deviendront toutes ces misères entassées dans le comble des maisons, éparses sur les grandes routes ; ces misères qui ont respiré la vapeur de la poudre, qui se sont assises à la table du riche, qui ont dansé autour de l’incendie, qui ont été pouvoir à leur tour, qui se sont couchées dans du linge blanc un jour ? Croyez-vous que pour suffire à toutes ces transes, ce soit assez de la présence d’un maréchal de France et même du