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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/637

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Du plus loin qu’il le vit, le connétable le reconnut : il haïssait la reine qui combattait son influence dans l’esprit du roi ; il savait Charles jaloux, il résolut de profiter de l’occasion qui se présentait pour arriver à l’exécution d’un grand projet politique, l’exil de la reine. Mais aucun changement sur son visage n’annonça qu’il eût reconnu le cavalier qui s’approchait.

— Je désire que vous fassiez savoir à ce jeune homme que je ratifie sa nomination, ajouta le roi, n’est-ce pas, mon cousin ?

— Il est probable qu’il la connaît déjà, sire.

— Qui la lui aurait apprise ?

— Celle qui vous l’a demandée avec tant d’instance.

— La reine ?

— Elle a tant de confiance dans la bravoure de ce jeune homme, que, pour lui confier la garde du château, elle n’a pas eu la patience d’attendre qu’il eut reçu sa commission de capitaine.

— Comment cela ?

— Regardez devant vous, sire.

— Le chevalier de Bourdon !… Le roi pâlit, un soupçon le mordait au cœur.

— Il aura passé la nuit au château, il est impossible que si matin il soit parti de Paris et revenu déjà de Vincennes.

— Vous avez raison, comte, que dit-on à ma cour de ce jeune homme ?

— Qu’il est avantageux près des dames, et que cela lui réussit. On prétend que pas une ne lui a résisté.

— On n’en excepte aucune, comte ?

— Aucune, sire.

— Le roi devint si pâle, que le comte étendit la main, croyant qu’il allait tomber. Le roi le repoussa doucement : — Serait-ce pour cela, dit-il d’une voix creuse, qu’elle voulait que la garde du château lui fût confiée ? — Insolent jeune homme ! — Bernard, Bernard, ne porte-t-il pas un chaperon bleu ?