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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/633

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voilà dix ans bientôt que votre frère bien-aimé a été traîtreusement assassiné rue Barbette, par le duc Jean de Bourgogne, qui, à cette heure, s’avance en sujet déloyal contre son roi ; et que moi, je suis votre défenseur, dévoué, comme je le prouverai en temps et lieu, avec l’aide de saint Bernard et de mon épée.

Le regard vague du roi se fixa lentement sur Bernard, et, comme si de tout ce que lui avait dit celui-ci, il n’avait entendu qu’une chose, il reprit avec un reste d’altération dans la voix :

— Vous disiez donc, mon cousin, que les Anglais étaient débarqués sur nos côtes de France. Et il mit sa mule au pas en lui faisant prendre le chemin de Vincennes.

— Oui, sire, reprit Bernard, en sautant à son tour sur son cheval, et en reprenant près du roi sa première place.

— Où ?

— À Touques, en Normandie. Et que le duc de Bourgogne s’était emparé d’Abbeville, d’Amiens, de Montdidier et de Beauvais.

Le roi poussa un soupir. — Je suis bien malheureux, mon cousin, dit-il en pressant sa tête entre ses deux mains.

Bernard lui laissa un moment de réflexion, espérant que ses facultés reviendraient, et lui permettraient de continuer, avec quelque suite, une conversation si importante au salut de la monarchie.

— Oui, bien malheureux, reprit une seconde fois le roi, en laissant tomber et pendre avec découragement ses mains à ses côtés, tandis que sa tête s’inclinait sur sa poitrine. — Et que comptez-vous faire, mon cousin, pour repousser à la fois ces deux ennemis ? Je dis vous…, car moi… je suis trop faible pour vous aider.

— Sire, j’ai déjà pris mes mesures, et vous les avez approuvées ; le dauphin Charles a été nommé par vous lieutenant-général du royaume.

— C’est vrai… Mais je vous ai déjà fait observer, mon cousin, qu’il était bien jeune ; à peine s’il a quinze ans…