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depuis la première découverte du Joliba par Mungo-Park, tous les points de la boussole ont été successivement adoptés, comme répondant à son embouchure. L’Allemand Reichard avait bien deviné ; il était arrivé par hasard à la vérité, à travers des raisonnemens et des suppositions qui ne reposaient sur aucune donnée vraie.

Il reste deux questions à poser : le Quorra est-il réellement la continuation du Joliba de Mungo-Park, et le Joliba ou Quorra est-il le Niger ? A la première question nous répondons hardiment oui, et non à la seconde, si par le Niger on veut parler du fleuve que les géographes et les historiens anciens appellent de ce nom.

Nous avons les plus fortes preuves de l’identité du Joliba avec le Quorra. Mungo-Park, à son départ de Sansanding, écrit à lord Camden et à mistress Park, qu’il va descendre la rivière dans son double canot, jusqu’à l’Océan, et qu’il reviendra par les Indes occidentales. Le piètre mandingue [1] qu’on envoya faire des recherches sur le sort de ce voyageur, apprit son naufrage et sa mort, ainsi que celle de ses compagnons, à un endroit appelé Boossa, dont on n’avait jamais entendu parler auparavant. Quand le capitaine Clapperton quitta Badagry, lors de sa seconde expédition, il trouva que Boossa était sur la rive droite du Quorra, et y apprit de son côté le sort de Mungo-Park, absolument comme l’avait rapporté le prêtre mandingue. Il vit les rochers sur lesquels s’était brisé le canot, et on lui parla de livres et de papiers existants entre les mains du sultan de Nyffe. Lander, à son retour, fut retenu pour nettoyer quelques mousquets marqués du signe de la tour de Londres. Il est donc impossible de douter que Mungo-Park ne fût arrivé à Boossa. Mais il y a encore une preuve plus décisive, c’est que le vieux roi montra et donna aux voyageurs un

  1. Ce n’était ni un prêtre, ni un Manding, mais un marchand Sarakhalé.
    (Note du Traducteur.)