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l’extrémité, et quelques coussins, en composent tout l’ameublement.

La mission anglaise, pendant sa résidence d’un mois à Maroc, fut logée dans un de ces jardins, appartenant au sultan. On l’appelait Sebt el Mahmonia ; il couvrait quinze acres de terrain, était planté d’une manière bizarre, mais contenait une grande variété d’arbres fruitiers, l’olivier, l’oranger, le citronnier, le pêcher, le grenadier, le poirier, le noyer, etc. Le cèdre, le peuplier, le myrte, le rosier, le jasmin, l’acacia, y formaient une masse épaisse de feuillage, au-dessus de laquelle s’élevaient la grande tour de la principale mosquée et les pics neigeux de l’Atlas. Le pas folâtre et léger de la gazelle, avec le murmure des eaux qui coulaient dans tous les sens, interrompait seul le silence de ce délicieux jardin, où se trouvait réuni tout ce qu’on peut désirer sous un climat brûlant, de la verdure, de frais parfums, de l’ombre et du repos.

« Pour contraster avec sa vue bornée, la terrasse de notre maison dominait toute la ville, la plaine sans bornes, et la ceinture de l’Atlas. Pendant notre séjour à Maroc, au lever et au coucher du soleil, nous passions des heures entières à contempler ces masses de neige étincelante, et cette chaîne, qui réunissait, à une journée de marche, toutes les variétés de climats, depuis la zone torride jusqu’à la zone glaciale, vaste champ que le géologue, le botaniste et le naturaliste ont encore à explorer, insurmontable barrière que la civilisation n’a pas franchie. »

Quand la mission anglaise revint par le pied nord de l’Atlas, M. Washington saisit l’occasion d’y monter à une certaine hauteur, par le lit d’un torrent. « Il était bordé d’oliviers, d’acacias, de caroubiers, de cèdres, le plus beau bois que nous eussions vu dans le pays, quoique assez petit ; de lauriers roses ou oléandres, de palmiers nains, et de bois de rose. Nous étions égayés en grimpant par les cris des chasseurs, que l’écho renvoyait de rochers en rochers. A chaque détour de la route, nous découvrions des beautés nouvelles