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REVUE. — CHRONIQUE.

écrivain avant tout, irritable jusqu’à être puéril, idolâtre des applaudissemens, et flatteur de la popularité, alarmé pour sa gloire future si l’ancienne ne lui est pas rappelée par toutes les voix et sur toutes les gammes de six mois en six mois, a jeté en style éblouissant, mi-partie sublime et mi-partie détestable de goût, une Philippique où certes il y a beaucoup à profiter, mais qui, dans les termes logiques où elle se pose, avec l’inspiration qu’elle recèle et les conclusions qu’elle affecte, nous semble, de la part du grand artiste, une chétive et affligeante action.

Autant la brochure de M. de Chateaubriand est turbulente, autant celle de M. de Lamartine est vertueuse et honnête ; ce n’est même que par hasard, et comme à l’insu de l’auteur, qu’elle est devenue une brochure. Consulté par son ami M. de Cazalès, directeur de la Revue européenne, sur l’état présent de la politique, sur les chances de l’avenir et les devoirs du bon citoyen, M. de Lamartine s’est mis à écrire une lettre qui a pris un long développement sous sa plume ; toutes ses idées, nourries et perfectionnées, durant vingt ans, lui sont revenues, et il les a jetées en quelques heures dans une exposition claire, féconde, harmonieuse, sans fiel, sans réticence, sans abjuration. La forme, qu’il n’a pas cherchée, et qu’il a suivie comme plus familière, se rapproche peut-être trop de sa poésie ondoyante, et ne serre pas d’assez près les résultats politiques dans ce qu’ils auraient d’applicable à la situation présente. Mais il faut espérer que M. de Lamartine, comme il le laisse entrevoir, reviendra plus en détail sur ces questions organiques dont il n’a énoncé dans sa lettre que les solutions générales. L’illustre écrivain, fidèle aux pensées de sa vie et à sa conscience chrétienne, remonte au Verbe divin, à sa venue sur la terre, et au perfectionnement de liberté et de charité qu’il a ouvert ici-bas. Ce perfectionnement, qui jusqu’à ces derniers temps n’a été qu’individuel va enfin pénétrer dans la forme sociale ; l’humanité touche à son âge de raison ; nous sommes à une des plus fortes époques que le genre humain ait à franchir pour avancer vers le but de sa destinée divine ; nous allons à une organisation progressive et complète de l’ordre social sur le principe de liberté d’action et d’égalité de droits ; nous entrevoyons pour les enfans de nos enfans une série de siècles libres, religieux, moraux, rationnels (non dans le sens doctrinaire, mais dans le sens du Verbe, du logos !), un âge de vérité, de raison et de vertu au milieu des âges. C’est sur les