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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/556

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REVUE. — CHRONIQUE.

acte, une trappe anglaise a englouti Nourrit au moment où il était sauvé des griffes du démon. Ceux qui savaient quel abîme sépare un théâtre de ses fondations, et qu’il y a soixante pieds à franchir, voyant Nourrit disparaître si subitement, ont pâli d’effroi ; plusieurs femmes se sont évanouies : mademoiselle Mars elle-même s’est évanouie ; et, voyez les ingrats ! personne ne s’est aperçu de l’évanouissement. Il y a quinze ans qu’il n’en eût pas été ainsi.

Je me résume. La musique est fort belle, et fort bien chantée par Nourrit, Levasseur et mademoiselle Dorus ; plusieurs décorations sont des chefs-d’œuvre. Le poème est absurde et indigne d’être présenté même à l’Opéra : raison de plus pour que ce soit un grand succès ; témoins les opéras de M. Jouy.

Il a paru un délicieux petit volume en vers, intitulé Marie ; c’est une poésie simple et douce qui annonce dans le poète de bonnes études et de bonnes passions ; deux choses bien rares de nos jours.

En revanche on a ouvert un théâtre de plus, le théâtre Molière, qui avait déjà été ouvert une fois ; puis on a joué six vaudevilles, dont trois en trois actes. Pour avoir une idée de l’absurde et du mauvais goût de nos coupletiers, il faudrait voir le dernier ouvrage de M. Bayard au théâtre du Palais-Royal à propos de Clément XIV et de Carlo Bertinazzi.

En revanche les brochures ne nous manquent pas. La brochure de M. de Chateaubriand en a fait éclore un grand nombre en réponse. Nous avons eu la brochure de M. Fonfrède, nous avons à présent la brochure de M. Thiers.

Pour comble de succès, M. de Chateaubriand a été insulté dans la chambre des Députés, par le d’Assoucy de notre époque, notre empereur du burlesqne, l’auteur de l’épitre aux Mules, l’ancien aide-camp du duc de Berri, M. Viennet, puisqu’il faut le nommer ; M. Viennet insultant M. de Chateaubriand, sur sa prose, c’est quelque chose qui dépasse toutes les bouffonneries parlementaires de la restauration !