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bien ce qu’il y a de trop misérablement vrai au fond de cette lie où M. Barbier a osé plonger pour en jeter des poignées vers le ciel. Ce qu’il dit de l’infection, de la lubricité des théâtres, de l’enfant vicieux et flétri des grandes villes, de la populace des ateliers et de celle des antichambres, n’a rien que d’exact, et tant que les maux ne seront pas guéris, tant qu’ils seront méconnus et niés, une sorte de convenance supérieure commandera à qui les sent de les révéler au vif et de ne les enjoliver en rien. Mais pour que cette convenance soit rigoureuse et se fonde sur un devoir, il est besoin que le poète ne se complaise pas aux misères qu’il décrit, qu’il ne joue pas avec l’infamie qu’il étale, comme font certains chirurgiens sans humanité, et que ce dégoût vertueux qu’il veut exciter dans le lecteur, réside continuellement sur sa lèvre, et palpite dans son accent. Or M. Barbier, selon nous, a eu presque toujours présent à l’esprit ce sentiment élevé de la mission dont il s’est fait le poétique organe, et c’est un mérite que ne lui ont pas assez attribué beaucoup des admirateurs de sa forme et de ses tableaux. Il faut en conclure seulement, peut-être, que par momens, dans le détail de l’expression, il s’est laissé aller en pur artiste à un caprice d’énergie exorbitante qui distrait et donne le change sur l’ensemble de sa pensée. Mais l’intention générale, la philosophique moralité de son inspiration n’est pas douteuse ; elle ressort manifestement des compositions les plus importantes, de la Curée, de la Popularité, de l’Idole, de Melpomène ; elle est écrite en termes magnifiques, au début et à la fin du volume, dans les pièces intitulées Tentation et Desperatio ; car ce livre, né de la révolution de juillet, pour plus grande analogie avec elle, entrouvre le ciel d’abord et nous leurre des plus radieuses merveilles ; puis de mécompte en mécompte, il tourne au désespoir amer, et crève sur le flanc comme un chien. M. Barbier a voulu nous montrer à quelles conséquences dernières, en politique, en morale, en art, descend, malgré quelques élans brisés, une société sans croyances, une terre qui n’a pas de cieux ; il pousse à