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ne mourra que comme le père de famille, après que toute sa race, la race des fils d’Adam, sera pourvue ; ce sont des vers comme ceux-ci, inspirés par le joli pays de Livry, que madame de Sévigné chérissait déjà :

…………. Sans projets, sans envie.
Ne cherchons désormais que l’oubli de la vie :
Que chaque objet qui passe, ou noble ou gracieux,
Nous attire, et sur lui laissons aller nos yeux ;
Vivons hors de nous même ; il est dans la nature,
Dans tout ce qui se meut, et respire, et murmure,
Dans les riches trésors de la création,
Il est des baumes surs à toute affliction:
C’est de s’abandonner à ces beautés naïves,
D’en observer les lois douces, inoffensives,
L’arbre qui pousse et meurt où nos mains l’ont planté,
Et l’oiseau qu’on écoute après qu’il a chanté.

Quand les hommes n’ont plus que des songes moroses,
Heureux qui sait se prendre au pur amour des choses,
Parvient à s’émouvoir et trouve hors de lui,
Hors de toute pensée, un baume à son ennui ?

Les comparaisons qui passent naturellement à l’imagination du poète appartiennent à la plus jolie et à la plus fraîche nature ; on y voit des chevreuils, des faons timides, qui, les pieds dans le torrent, aspirent les derniers feux du soleil, ou boivent la rosée matinale sous la fourrée. Si je l’osois dire, je trouverais dans ces comparaisons de l’artiste quelque secret rapport de conformité avec sa propre et intime organisation, avec ses sauvageries bretonnes, sa pureté un peu farouche, et cette ombrageuse vigilance qu’il nous a lui-même si délicatement accusée.

J’aime dans tout esprit l’orgueil de la pensée
Qui n’accepte aucun frein, aucune loi tracée,
Par-delà le réel s’élance et cherche à voir,
Et de rien ne s’effraie, et sait tout concevoir ;