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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/536

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meilleure partie se retrouve en germe, et quelquefois en fruit mûr et vermeil dans les lettres de l’abbé Galiani. Nous ne rappellerons pas le dépit et les exclamations de l’auteur le jour où Il s’entendit traiter en plein salon d’homme d’esprit. Peu s’en fallut, s’il eût osé, et s’il n’eût tremblé devant le ridicule, qu’il ne provoquât son panégyriste, comme fit le convive de Sainte-Foix, qui le blâmait de déjeuner avec une bavaroise, et qu’il ne lui proposât de se couper la gorge pour le punir d’un éloge dont Il ne voulait pas. Homme d’esprit ! quelle insulte, quel blasphème, quelle honte ineffaçable ! Mais l’arrêt ne fut pas cassé ! Il eût beau se pourvoir en grâce, et plaider, et invoquer toutes les jurisprudences du royaume, il fallut en passer par le sobriquet d’homme d’esprit et se résigner.

Il nous reste maintenant à entretenir les curieux des deux monumens qu’il a bien voulu léguer à la postérité. Il ne s’agit, messieurs, de rien moins que d’un roman et d’une comédie ; et remarquez bien, je vous prie, qu’il a daigné signer la comédie et le roman. Comprenez-vous tout ce qu’il y a de hardi et d’osé à signer une œuvre de son nom. Cette conduite vous semble simple et naturelle. Vous ne concevez guère qu’on fasse autrement. Innocence et niaiserie ! gaucherie et maladresse ! Ne soupçonnez-vous donc pas tout ce qu’il y a d’ingénieux et de profond à se mettre à couvert sous l’anonyme, à profiter des applaudissemens s’ils viennent, et à répudier les sifflets si le malheur veut qu’on les entende. Il suffit pour cela, quand on a dicté le livre, d’écrire, huit jours après la publication, à trois journaux accrédités : « Je jure sur l’honneur que je n’ai pas écrit une ligne de l’ouvrage qu’on m’attribue. »

Comme on le voit, l’auteur, si familier aux Evangiles et à Virgile, n’a pas négligé non plus l’étude ni la pratique d’Escobar. Nous devons donc le remercier d’avoir signé en sa vie deux ouvrages pour diminuer d’autant la besogne des bibliographes à venir qui voudront, comme feu Barbier, composer un dictionnaire des anonymes. Il n’est pas bien sûr,