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plume d’une noble duchesse. A toutes nos récriminations, il pourrait n’opposer qu’un rire satanique, et s’applaudir paisiblement du succès de sa ruse.

Par malheur il n’en est rien. Il a eu bientôt usé et mis en lambeaux ses plus solides amitiés ; Il a fait autour de lui un désert immense ; comme l’archange exilé de Milton, Il a regardé tristement autour de lui, et Il a vu que tout le monde s’était retiré.

Alors Il s’est réfugié dans son cœur vide et desséché, et comme son esprit impuissant se refusait à produire, au risque d’être un jour bafoué, traîné aux gémonies, Il a pris hardiment ce qu’il a pu trouver à sa guise chez les nations voisines. L’Allemagne, l’Ecosse, l’Angleterre lui ont servi de compères et de complices dans cette nouvelle croisade contre l’innocence et la crédulité des bonnes âmes.

Coleridge n’avait pas encore passé le détroit, et le traducteur infaillible et inévitable de tous les poèmes de lord Byron n’avait pas encore jeté au crible de son industrie les lambeaux mutilés des revues anglaises, pour en composer un prétendu voyage historique et littéraire. Il lui a semblé plaisant et commode de prendre et de traduire, vaille que vaille, la magnifique ballade de l’Old-Mariner. Après avoir écrit le dernier vers de son chef-d’œuvre d’emprunt, Il a bien voulu annoncer qu’il venait de terminer quelque chose, Il s’est fait prier par quelques niais curieux de vouloir bien lire son poème ; Il a résisté aussi long-temps qu’il fallait pour doubler, par l’impatience, l’empressement de l’auditoire. Il s’est arrangé dans un coin du salon, sous le jour douteux d’une lampe, et d’une voix mystérieuse, Il a consenti à murmurer doucement, à chuchoter les vers de Coleridge qu’il honorait de son baptême.

Si j’ai bonne mémoire, Coleridge a défrayé trois de ses hivers. Un soir, un auditeur perfide a tiré de sa poche le volume accusateur, et a demandé, avec une naïveté doucereuse, si l’auteur avait eu l’imprudence de livrer à des mains peu sûres une copie de son poème, et il a montré à qui