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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/524

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littérature.

ches de l’escalier. — Elle obéit, et resta accroupie comme une folle avec les yeux ouverts. Elle tremblait de tout le corps.

Je ne sais, monsieur, si vous avez le secret de l’aire des phrases dans ces cas-là ; pour moi, qui passe ma vie à contempler ces scènes de deuil, j’y suis muet.

Pendant qu’elle voyait devant elle fixement et sans pleurer, — je retournais dans mes mains la fiole qu’elle avait apportée dans la sienne ; elle, alors, la regardant de travers, semblait dire comme Juliette : L’ingrat ! avoir tout bu ! ne pas me laisser une goutte amie !

Nous restions ainsi l’un à côté de l’autre assis et pétrifiés, l’un consterné, l’autre frappée à mort ; aucun n’osant souffler un mot, et ne le pouvant.

Tout d’un coup une voix sonore, rude et pleine, cria d’en bas :

Come, mistriss Bell !

A cet appel, Kitty se leva comme par un ressort ; c’était la voix de son mari. Le tonnerre eût été moins fort d’éclat, et ne lui eût pas causé même en tombant une plus violente et plus électrique commotion. Tout le sang se porta aux joues, elle baissa les yeux, et resta un instant debout pour se remettre.

Come, mistriss Bell !

Répéta la terrible voix.

Ce second coup la mit en marche, comme l’autre l’avait mise sur ses pieds. Elle descendit avec lenteur, droite, docile, avec l’air insensible, sourd et aveugle d’une ombre qui revient. Je la soutins jusqu’en bas ; elle rentra dans sa boutique, se plaça les yeux baissés à son comptoir, tira une petite Bible de sa poche, l’ouvrit, commença une page et resta sans connaissance, évanouie dans son fauteuil.

Son mari se mit à gronder, des femmes à l’entourer, les enfans à crier, les chiens à aboyer.

— Et vous ? s’écria Stello en se levant avec chagrin.