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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/503

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consultations du docteur noir

passaient de main en main les parchemins que j’avais passé les nuits à inventer, comment le moine Rowley paraissait aussi grand qu’Homère à lord Chatam, à lord North, à sir William Draper, au juge Blackston, à quelques autres hommes célèbres, ils se sont hâtés de croire à la réalité de mon poète imaginaire, j’ai pensé d’abord qu’il me serait facile de me faire reconnaître. J’ai fait des antiquités en un matin plus antiques encore que les premières. On les a reniées sans me rendre hommage des autres. D’ailleurs, tout à la fois a été dédaigné ; mort et vivant, le poète a été repoussé par les tètes solides dont un signe ou un mot décide des destinées de la Grande-Bretagne : le reste n’a pas osé lire. Cela reviendra quand je ne serai plus ; ce moment-là ne peut tarder beaucoup : j’ai fini ma tâche.

« Othello’s occupation’s gone. »


Ils ont dit qu’il y avait en moi la patience et l’imagination ; ils ont cru que de ces deux flambeaux on pouvait souffler l’un et conserver l’autre. — Ynne heav'n godd's mercie synge ! dis-je avec Rowley. Que Dieu leur remette leurs péchés ! ils allaient tout éteindre à la fois ! J’essayai de leur obéir, parce que je n’avais plus de pain et qu’il en fallait envoyer à Bristol pour ma mère, qui est très-vieille, et qui va mourir après moi. J’ai tenté leurs travaux exacts et je n’ai pu les accomplir ; j’étais semblable à un homme qui passe du grand jour à une caverne obscure, chaque pas que je faisais était trop grand, et je tombais. Ilss en ont conclu que je ne savais pas marcher ; ils m’ont déclaré incapable de choses utiles ; j’ai dit : Vous avez raison, et je me suis retiré.

Aujourd’hui que me voici hors de chez moi (je devrais dire de chez vous) plus tôt que de coutume, j’avais projeté d’attendre M. Beckford, que l’on dit bienfaisant, et qui m’a fait annoncer sa visite ; mais je n’ai pas le courage de voir en face un protecteur. Si ce courage me re-